Magma sonde ses vulcanologues comme eux-mêmes sondent le volcan en plein réveil, rapproche ainsi l’activité humaine et naturelle au nom de son potentiel commun de création et de destruction. La première séquence, marche sur la Soufrière dans le but d’étudier ses sols et de prélever des échantillons, confronte d’emblée le vivant à la mort et confond les enjeux collectifs et personnels : la relation qui unit Katia à l’étudiant Aimé est à la fois celle, professionnelle, d’une tutrice à l’égard d’un stagiaire et celle, intime, d’une mère soucieuse de former son fils à sa « première éruption », jeu de mots pertinent prononcé par celle-ci. Le film repose ainsi sur des mouvements contraires qui assurent son dynamisme et tissent, au sein d’un réseau complexe et donc authentiques, tous ces liens : la technologie avancée et le corpus de connaissances scientifiques se heurtent à l’imprévisibilité des explosions, les discours politiques diffusés pour rassurer la population locale dissonent quand retentissent les détonations ; le choc géologique devient choc de deux cultures opposant la Guadeloupe à la métropole, avec la stigmatisation de Katia décriée parce qu’elle n’est pas native en dépit de son éloge du nomadisme comme formation intellectuelle.
Le cinéaste Cyprien Vial interroge, au sein de notre contemporanéité, l’obsession de la sécurité et de la certitude en dépit de l’affirmation répétée la vulcanologue selon laquelle « on n’arrivera pas à anticiper avant le dernier moment » : prévisions et préventions apparaissent tels les symptômes d’un rapport déréglé au monde, d’une dénaturation que refuse ce couple d’octogénaires souhaitant être confinées chez lui, dans cette maison porteuse des traces d’une famille et donc de sa mémoire. En réponse au sentiment d’éco-anxiété aujourd’hui en voie de développement, il privilégie la marche sur le volcan, le contact avec la nature, similaire en cela à d’autres artistes comme la poétesse québécoise Gabrielle Filteau-Chiba dans son recueil La Robe en feu (2026). Une œuvre saisissante portée à la perfection par Marina Foïs.