Comment ça Pauline Kael n'est pas créditée au scénario?!
Bein oui, vu que le film lui est indirectement dédié! Recontextualisons.
Eastwood est revenu de sa période western italien pour jouer et tourner chez lui. Et les premiers pas ne font pas l'unanimité. Dans les meilleurs des cas il inspire une certaine condescendance, dans les pires un profond mépris.
C'est alors qu'avec son pote Don Siegel, ils sortent en plein avènement du nouvel Hollywood et dans une période de troubles (sociaux, raciaux...) "L'inspecteur Harry", ce flic qui semble dire "I'm the law" et accomplir sa propre justice. Puis arrive Miss Kael, journaliste influente du New Yorker, qui nous sort un article, comment dire, "légèrement" dur envers Clint.
Morceaux choisis:
"Quand vous faîtes un film avec Clint Eastwood vous voulez naturellement que les choses soient simples, et le conflit de base entre le bien et le mal est on ne peut plus simple. Il rend ce genre plus archétypal que la plupart des films, plus primitif et onirique: le genre médieval fasciste a le charme des contes de fées"
Vlan, dans ta gueule Clint! Ou encore:
"L'inspecteur Harry n'est évidemment qu'un film de genre, mais ce genre du film d'action a toujours recelé un potentiel fasciste, qui a finit par faire surface. Si le crime était causé par les super-dragons du mal, il n'y aurait ni Miranda, ni Escobedo; nous aurions tous la permission de tuer, comme Dirty Harry. Mais dans la mesure où le crime est causé par la dépravation, la misère, la psychopathologie, et l'injustice sociale, L'Inspecteur Harry est un film profondément immoral."
Et re-vlan, le dernier coup, histoire d'achever la bête.....
Pour toutes ces raisons, et comme en plus Clint à la "bonne idée" de ne pas cacher une opinion conservatrice, il en faut pas plus pour que, pendant de longues années, Eastwood soit catalogué comme un réac ou un fasciste, quand le terme de nazi n'est pas utilisé. On ne fait plus la différence entre l'acteur et le rôle. Clint Eastwood EST Harry Callahan!
Mais comme Clint, malgré les apparences, possède comme tout le monde un petit coeur qui saigne, c'est article et la réputation qui s'ensuit ne va pas le laisser de marbre (il reste cependant toujours un des acteurs les plus bankable de l'époque). Ca le perturbe et il va utiliser les 70's pour essayer de revaloriser son image (il avait déjà pensé à la contrôler avec la création de Malpaso). Et cela commence avec Magnum Force.
Avec ce film, on a l'impression que Eastwood c'est dit: "Moi, fasciste, je vais lui montrer moi, à cette journaliste de m.... ce qu'est un fasciste. Ainsi, Harry se retrouve confronté à un groupuscule au sein même de la police, un escadron de la mort qui, lui, rend réellement sa propre justice et n'attend pas qu'on lui tire dessus pour se défendre (ça c'est plutôt Harry, qui se justifie face à sa hiérarchie en affirmant ne pas tirer en premier). Et ironie du sort, Harry est le dernier rempart qui s'érige contre ces fachos!.
Et les clins d'oeil sont plus qu'appuyés. Ainsi, quand Harry se retrouve face aux 3 motards qui connaissant ses antécédents essaient de le recruter (en lui disant: "Vous vous êtes à même de comprendre"), il affirme, face caméra, s'adressant autant à eux qu'aux spectateurs (et à Pauline Kael) : "Vous vous trompez sur mon compte". Toute l'idée du film est dans cette scène.
Le film à proprement parler, justement. Si ce n'était pas Clint, je lui aurai sans doute mis que 6. Le scénario n'est pas extraordinaire (les débuts de Cimino), le suspens pas forcément haletant. Mais bon, c'est Dirty Harry et faut toujours pas le faire chier, le "méchant" est incarné par David Soul (et ça, ça me fait plaisir!), Schifrin est toujours à la bande son,bref, pas le meilleur de la série mais suffisamment divertissant. A voir au moins une fois.