Maharaja est un type sympa, un barbier un peu taiseux qui mène une vie de labeur, simple et répétitive dans un quartier de Chennai. Un soir, en rentrant chez lui, il se fait assommer par des intrus et lorsqu’il se réveille, il constate qu’on lui a volé une poubelle en fer blanc, ustensile sans valeur qu'il a nommé Lakshmi. Il va alors n’avoir de cesse que de récupérer cette "Lakshmi" en allant, notamment, harceler la police, évidemment violente et corrompue. Débutant comme une sorte de comédie sociale un peu farfelue, Maharaja nous prend par la main pour nous emmener sans qu’on comprenne bien ce qui nous arrive à travers une incroyable spirale nihiliste. On pourra dire que le film n’emprunte jamais vraiment le chemin pourtant tracé dès le début, on pourra dire que le film de bagarre qu’il semble vouloir être à un moment n’est qu’un rideau de fumée, on pourra dire qu’il va mettre du temps à révéler ses personnages, leurs dimensions respectives et à articuler leurs motivations… On pourrait dire beaucoup de choses, mais en fait, cette discussion-là, il vaut mieux la réserver avec les happy few qui ont déjà vu le film et qui savent vers quels rivages désespérés le film nous embarque. On peut tout de même louer la prestation de Vijay Sethupathi dans le rôle titre, brillantissime dans un personnnage bouleversant et tout en retenue, à ses côtés, le reste du casting est à la hauteur, je pense notamment à Natarajan Subramaniam, génial dans un rôle de flic en apparence assez proche de celui qu’il avait déjà tenu dans le merveilleusement bourrin Karnan. Et puis il y a Anurag Kachyap (réalisateur de Gangs of Wasseypur, producteur de Moothon et vu dans Leo) qui nous régale d’une performance tout en nuances infernales.
Quoiqu’il en soit, Maharaja est une nouvelle réussite du cinéma tamoul, définitivement l’industrie la plus excitante de notre époque. Et si vous ne l’avez pas vu, ne googlez rien, n’allez pas voir la bande annonce, voyez juste le film…