On pourrait situer ce film comme une suite spirituelle de Les Rebelles du dieu néon, tant les vagabondages nocturnes de Taipei y font référence. On suit de petites frappes moins sympathiques, plus tête à claques. Il lui manque toutefois le côté contemplatif et la musique lancinante. On pense également à As Tears Go By pour sa romance impossible et son étreinte finale, sans Take My Breath Away ni la maîtrise formelle de Wong Kar-wai.
Que reste-t-il finalement de ce film après ces deux grandes œuvres précédemment citées ?
Une Virginie Ledoyen tout juste sortie de La Fille seule, dont la beauté imprime chaque plan. Pour toujours et à jamais, on ne pourra jamais oublier ses yeux en amande et sa voix grave.
Rien que pour cela, le film vaut le coup d'être vu, et je ne cacherai pas que c'était ma principale motivation, tant les deux heures me semblaient a priori compliquées à aborder, comme Yi Yi, dont j'ai dû arrêter assez vite le visionnage. Car Edward Yang a tendance à brosser le portrait de nombreux personnages, avec beaucoup de dialogues. Et l'un des points forts du film, ce sont les trois langues utilisées, qui ont une grande importance sociale.
Le traducteur, qui est le personnage central, est le seul dénué d'empathie.
Peu bavard et introverti, il est une sorte de témoin de l'histoire. Il participe finalement assez peu.
Toujours dans l'ombre, il finit par sortir de sa route pour les beaux yeux de la Française perdue à Taipei.
Une relation impossible, liée par une langue étrangère pour eux deux, l'anglais.
Cette langue symbolise, pour Marthe, son amour illusoire, qui l'a poussée à venir dans ce pays inconnu.
Le cœur brisé de ne pas être réellement aimée, elle va trouver en Luen-Luen une sorte d'alter ego.
Lui-même perdu dans une ville qu'il ne comprend plus, entouré de connaissances néfastes.
Entre un Hongkongais utilisé pour son charme par la tête à claques de Red Fish,
petit bourgeois qui se balade avec un téléphone portable et une montre en or, symboles de la réussite de son père, arnaqueur hors pair, qui finit ruiné, mais en paie le prix avec lui-même.
Le dernier étant le plus insupportable et con, on ne va même pas le citer.
Bref, tout ce petit monde va s'entrecroiser. Le fil rouge, ce sont les arnaques de Red Fish, qui ne sont pas toutes compréhensibles (proxénétisme ? Casse de portières…), la finalité étant de venger son père d'Angela. La fin est assez cocasse et prouve toute l'absurdité de cette quête.
Mis à part cette écriture plutôt bonne, il y a quelques plans de la ville nocturne, notamment filmés depuis les voitures, qui donnent une ambiance plutôt sympathique à l'œuvre.
Bref, un bon film qui passe très bien malgré sa durée, avec malheureusement quelques notes d'humour ratées, comme les fameux ravisseurs teubés, par exemple. La fin vaut la peine malgré ces quelques défauts.