Dans cet univers saturé de stimuli, où l'image ne vit qu'autant qu'elle est likée, Coppola dresse l'autopsie d'une célébrité fabriquée, véhiculée par l'excès et vouée à une obsolescence programmée. La mise en scène, syncopée, fait de l'écran un kaléidoscope d'images et de bruits.

Frankie (Maya Hawke), jeune femme en errance, voit en Link (Andrew Garfield) une énergie brute, anticonformiste. Mais ce prophète de pacotille, qui s'insurge contre l'uniformisation des esprits, va être dévoré par le monstre qu'il dénonçait. Coppola sculpte une trajectoire qui tient du conte moral inversé : plus Link se radicalise, plus il accède à une adulation morbide, à une influence qui étouffe toute substance. La modernité ne tolère que ce qui se prête à la viralité, et Link, tout en caricaturant les codes du vedettariat numérique, en devient le pantin le plus démonstratif.

Plutôt que de s'opposer frontalement à l'esthétique toxique qu'elle dénonce, Coppola en fait son moteur. L'image explose sous les filtres criards, les incrustations grotesques, les montages ultra-cut. Les notifications fusent, les écrans se multiplient, étouffants. La mise en scène déraille volontairement, mimant l'ivresse du scrolling infini, où chaque contenu chasse l'autre. Cette exubérance plastique est à la fois le langage et la critique du film.

Au centre du chaos, Andrew Garfield s'abandonne à sa performance. Son Link est un bouffon tragique, un gourou insaisissable, un pantomime de la notoriété digitale qui joue son propre effondrement. Garfield injecte à son personnage une énergie vertigineuse, un corps en tension, en perpétuelle surenchère, à la frontière du grotesque et du sublime.

En somme, Gia Coppola signe ici un pamphlet acide, qui ne cherche ni la mesure ni la nuance. Mainstream est une implosion orchestrée, un film qui ne s'excuse jamais d'être trop. Il capte la déliquescence d'une époque où l'existence se jauge en pouces levés et en algorithmes

cadreum
7
Écrit par

Créée

le 23 févr. 2025

Critique lue 36 fois

cadreum

Écrit par

Critique lue 36 fois

6

D'autres avis sur Mainstream

Mainstream

Mainstream

6

lo79p

4 critiques

Error 404

Ce film est tout simplement burlesque !J'ai aimé le scénario pour toutes les absurdités que j'ai entendues.Le début était prometteur mais la suite l'est moins.Au niveau des effets spéciaux, ça fait...

le 2 avr. 2023

Mainstream

Mainstream

2

khalybootsy

40 critiques

L'ère du vide absolu

Tentée par la bande annonce, j'ai déchanté. Tout cela se voudrait symboliquement subtil, engagé pour dénoncer une société de l'image, de la "starisation" du rien et du profit... mais en fait c'est...

le 3 déc. 2021

Mainstream

Mainstream

2

OlivierAntoine1

824 critiques

Tel grand père telle... ha non, pas là.

Attiré par le casting (Andrew Garfield et son petit brin de gueule, et Jason Schwartzman) je décidai de donner sa chance à ce Mainstream qui porte finalement très bien son nom. Mainstream se présente...

le 15 mai 2021

Du même critique

Bugonia

Bugonia

8

cadreum

1018 critiques

Eddington

Qui est le film ? Bugonia est la transposition par Lanthimos d’un matériau coréen. Le film reprend librement la structure de Save the Green Planet! (2003) et s’en fait une réécriture en anglais. Le...

le 28 sept. 2025

The Mastermind

The Mastermind

3

cadreum

1018 critiques

Une coquille vide

Présenté en compétition à Cannes 2025, The Mastermind marque le retour de Kelly Reichardt après showing up. Avec Josh O’Connor dans le rôle central, le film se glisse dans les plis du « heist movie...

le 10 sept. 2025

Queer

Queer

8

cadreum

1018 critiques

L'obsession et le désir en exil

Luca Guadagnino s’empare de Queer avec la ferveur d’un archéologue fou, creusant dans la prose de Burroughs pour en extraire la matière brute de son roman. Il flotte sur Queer un air de mélancolie...

le 14 févr. 2025