Un très bon film mais une idéologie douteuse

Alors là, on tient une œuvre vraiment exceptionnelle. J'avais déjà écrit une critique mais après un deuxième visionnage, j'ai un peu révisé ma position.


Alors, qu'en penser?
Ce qui frappe en premier c'est la qualité visuelle : j'apprécie beaucoup tous les choix visuels, les costumes, le cadrage, les lumières (beaucoup beaucoup de lumière dans ce film!) et même la colorimétrie qui a apparemment été assez critiquée. Dans sa narration, ça déchire aussi. Un peu déroutante au début, notamment à cause de tous ces flashbacks, mais cette narration non-linéaire est ici très efficace pour montrer le cheminement de pensée de Clark et les interrogations qu'il se pose quant à ce qu'il va faire de sa vie, et au choix qu'il va devoir faire.
J'apprécie beaucoup tous ces choix contribuant à l’identité du film, et d'ailleurs un des défauts de beaucoup de productions Marvel est leur côté aseptisé (moins pour les deux premiers Iron Man). Et ce qui en découle c'est que, même si beaucoup des éléments scénaristiques sont assez convenus et pas très originaux, ça ne ressemble pas à un film déjà vu des dizaines de fois.


Assez étrangement, le film a vraiment été découpé en deux parties : la première moitié (environ) bien plus centrée sur le scénario, le développement des personnages, et la deuxième sur l'action. Encore une fois, c'est un choix qui peut déplaire, moi ça ne m'a pas dérangé d'avoir un concentré d'action en deuxième partie. Le fait est que les personnages étaient assez développées, les enjeux assez bien installés, pour que ce ne soit pas ennuyeux. De plus, ces scènes d'action étaient très belles, bien montées, et soutenues par une bande-son vraiment super.


Alors, un sans faute? Non. Il y a quelques trucs un peu bizarres et l'introduction est peut-être un peu trop longue. Mais le principal problème n'est pas là.
Je suppose qu'on peut l'interpréter différemment, mais ce film me semble un peu réactionnaire.


Si on résume l'histoire : Krypton "sélectionne" ses enfants et les fait naître artificiellement. Jorel, le père de Superman, pense que ce n'est pas bien et préfère faire naître un enfant naturellement. Alors que Krypton est sur le point d'exploser à cause des négligences des kryptoniens, le méchant du film apparaît : le général Zod. Lui veut aller encore plus loin dans l'eugénie et prendre le pouvoir. Jorel s'y oppose et réussit à lui échapper et à envoyer son fils sur Terre, là où il pourra vivre et "devenir l'homme qu'il veut être". Ce concept reviendra d'ailleurs tout au long du film par le biais des parents adoptifs de Kalel/Clark/Superman. Après les parents biologiques meurent, les kryptoniens aussi, sauf Zod et ses généraux. Ils reviennent sur Terre et disent vouloir reconstruire Krypton sur Terre, en effaçant ses occupants actuels, et recommencer la naissance artificielle des bébés. Le terme génocide est d'ailleurs employé, et Superman l'en empêchera.


Bon, ben alors, Zod est un enfoiré prêt à tuer toute une espèce pour le bien de la sienne. Un génocide, c'est pas bien. La dictature, c'est pas bien. La violence c'est pas bien. Tout ça est évidemment très convenu, et on ne peut être que du côté de Superman (même quand, comme moi, on doute sérieusement de la démocratie). Où est le problème alors?
Le problème c'est qu'en gros, le méchant est porté par des valeurs de bien commun, de pré-détermination des individus, on pourrait même parler de planification... Vous la voyez venir? Le retour de la bonne vieille menace communiste?


C'est peut-être inhérent à l'histoire de Superman, après-tout c'est un personnage né aux Etats-Unis alors que l'URSS prenait du pouvoir et que Staline venait d'accéder à ses fonctions. Mais plus que le communisme, l'ennemi semble être l'évolution de la condition humaine et l'utilisation consciente de nos déterminismes.
Kalel est censé être libre de choisir quel homme il deviendra, mais quelle liberté a-t-il quand son père lui apprend à retenir ses coups et ses pouvoirs? Oui, il lui dit qu'il sera libre de choisir, tout en lui montrant quel est le bon choix...
(C'est ce que Jean-Léon Beauvois, grand chercheur en psychologie sociale ayant travaillé sur la manipulation et le pouvoir, décrit comme un système de pouvoir libéral effectivement, mais où les individus obéissent toujours. Le meilleur moyen de manipuler quelqu'un, de l'amener à faire ce que vous voulez, c'est de lui dire ce que vous voulez qu'il fasse, tout en lui disant que bien sûr il est libre de refuser. Cela marche encore mieux si vous lui expliquez que vous savez qu'il fera le bon choix car il est une bonne personne)
De plus, Jorel glorifie "la première naissance naturelle depuis des années" (des centaines ou des milliers, je ne sais plus). Alors que moi, la première chose que je me suis dit c'est "Quoi? Une civilisation aussi avancée mais les femmes doivent toujours souffrir pour que les gosses naissent?". Oui, certaines personnes pensent que ce serait un progrès de s'extraire de cette condition naturelle. Mieux encore, cela pourrait améliorer la condition des femmes. Oui, on touche à la nature humaine, c'est du transhumanisme, mais vous savez que la nature n'a pas prévu les vaccins qui nous protègent des infections et les hôpitaux qui nous soignent.


Cependant... Peut-être que cette idéologie n'est pas tant glorifiée que ça. D'une part, Superman hésite, il aimerait sauver ce qu'il reste de Krypton. De plus, avant le combat final contre Zod, celui-ci déclare que ses actes violents et cruels viennent du fait qu'il cherchait à protéger Krypton, et que maintenant, n'ayant plus aucun but, il n'a plus d'âme, plus de limite, et c'est là qu'il parle de faire souffrir les hommes par plaisir. C'est sa nouvelle liberté totale qui le transforme en monstre sadique. Et bien sûr on ne peut que ricaner face à cette glorification du soi-disant libre-arbitre alors que Superman ne fait qu'obéir à ses pères. Peut-être est-ce voulu?


Alors non, je ne pense pas que tout est à jeter dans la notion de libre-arbitre (ni dans la notion de "naturel"), je ne pense pas forcément que nous soyons totalement esclaves, mais force est de constater que nous sommes majoritairement déterminés (par tout un tas de choses, génétique, éducation, hasard...). Cependant, oui, nous avons la capacité de réfléchir, de peser le pour et le contre, de rechercher à faire le bien plutôt que le mal. Et quand l'éducation et la culture nous détermine, c'est l'humanité qui se détermine elle-même dans un sens.


Jorel déclare à son fils qu'il peut être "la passerelle entre deux peuples". La solution est sûrement la voie du milieu

Ohne
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le 25 mars 2016

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Ohne

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