Bon le film a quand même un peu mal vieilli...

Man of Steel de Zack Snyder, sorti en 2013. Version renouvelée d’un Superman qui semblait désuet en son temps, alors considéré comme symbole de la niaiserie et de la bonne morale déconnectée du réel, le pari de Snyder était de reproduire le miracle de the Dark Knight, c’est à dire saisir un super-héros fantasque, à la limite du grand guignolesque pour l’intégrer dans la saleté de notre réalité : ici l’occurrence l’Amérique traumatisée par le 11 septembre.

Pour commencer ce travail, Snyder décide de retirer la culotte rouge de notre boyscout favori pour lui faire enfiler quelque chose correspondant plus aux critères de style apte à séduire les jeunes geeks edgy d’une génération à laquelle j’ai fait partie. Le costume n’est plus tricoté par la maman avec un tissu de couleurs mignonnes, mais d’une texture complexe extraterrestre qui va dessiner la musculature streetcrédible de notre untermensch. Tout un symbole : Superman n’est désormais plus un gentil garçon doté de superpouvoir qui va sauver des chats dans les arbres. C’est un être divin, tout-puissant, venu pour guider dans un monde de violence. On passe de Joe le pompier du village à Jesus, le GOAT de l’Amérique.


Revenons à Snyder. C’est le fan de comics dont le CV respire l’amour de la BD américaine. Son adaptation de 300, qui reprenait plan par plan le roman graphique au point de produire un exercice de style rappelant certains dessin animés de Michel Ocelot, largement baigné d’eugénisme, de virilisme et d’une envie de pourfendre du perse dans tout ce que la caricature orientaliste peut produire, ou Watchmen, un monument de l’adaptation de Comics maîtrisé de bout en bout, où un vigilante affronte un utilitariste génocidaire, le tout dans une vision ultra désabusée de l’amérique, Zack Snyder propose une sorte de cinéma de droite corrompu : une vision catholique et patriarcale à laquelle on se demande s’il croit réellement, à laquelle il adhère, mais sans en être parfaitement certain. Et c’est intéressant à noter car ces petits constats vont inhiber Man of Steel (et le film qui lui fera suite, mais c’est un autre sujet). Man of Steel est un film fondamentalement patriarcal et catholique, pro-Amérique, qui explore les vertus de la famille traditionnelle et du catholicisme sur la morale, l’union d’une Amérique patriote face à l’adversité mais aussi qui présente un méchant principal dont tous les travers découlent de son eugénisme. Et oui, le méchant de Man of Steel est nul autre que le gentil de 300. Preuve en est que tout bancal soit le cinéma de Snyder (capable de passer du meilleur au pire), ce gars est un des seuls « auteurs » qui a touché au cinéma de Super-héros.


L’idée de Man of Steel, c’était de repartir du point initial, celui qu’avait traité Richard Donner, et de raconter l’arrivée de Kal-El sur terre, son éducation par les kent, la découverte de ses origines et le conflit avec les derniers kryptoniens, menés par le charismatique General Zod (Michael Shannon crève l’écran!). On a donc un scénario déjà vu dans le contenu, mais inédit dans le traitement. Contrairement à Richard Donner, Snyder est très attaché au message qu’il veut faire passer. Zod veut sauver Krypton comme le père de Jor-El (en apparence). Mais Zod, en bon eugéniste, veut sauver les untermensch, les lignées supérieures, pour aller coloniser d’autres planètes. Et ce qui motive cela est… le fait qu’il est lui même le produit de l’eugénisme. Il est né pour occuper cette fonction élitiste car elle serait théoriquement celle qui serait la plus à même de protéger Krypton. Bref, Zod est une sorte de général Franco, voir d’une certaine façon de Hitler qui veut une race parfaite, et coloniser sans mesurer les conséquences pour avoir un « espace vital ». Jor-El, lui veut sauver l’idée de Krypton. Celle d’un peuple qui émergera sur la base du libre arbitre et de l’empathie, dont la puissance sera motivée par la volonté de sauver les êtres « inférieurs ». Bref, Snyder oppose au fascisme l’Amérique conservatrice et chrétienne.


Le film s’ouvre sur une séquence spectaculaire qui pose cette opposition entre Zod et Jor-El sur fond de la destruction inéluctable de Krypton (qui est une dénonciation ouverte de l’action humaine sur le réchauffement climatique – un joli pied de nez qui rappelle au droitard moderne que la lubie climatosceptique actuelle chez les conservateurs n’est qu’un délire récent produit par une fanatisation des idéologiques, et une inculture face à la science). Il faut rappeler quelque chose concernant cette séquence. En 2013, voir un tel déluge d’effets spéciaux à l’écran aussi maîtrisés, aussi explosifs, c’était inédit à une telle intensité. Revoir ce film en 2025 ne permet pas forcément de mesurer la claque esthétique qu’avait put être Man of Steel à l’époque car n’importe quel blockbuster médiocre des années 2020 reproduit à l’excès ce déluge de numérique. Cette séquence pose donc un standard : celui de l’intensité visuelle auquel le film prétend, et qui servira à teaser inéluctablement le climax final du film.

L’introduction passée, on découvre un Henry Cavill dans le rôle d’un Clark Kent âgé de (toujours aussi subtilement) 33 ans. On va faire un point Cavill immédiatement. Cet anglais est probablement un des acteurs les plus charismatiques de sa génération assorti d’un talent indéniable et il a le physique pour jouer superman…. CEPENDANT ! … j’ai eut le plaisir de le découvrir dans les films Tristant and isolte et Star Dust, 2 films où il campait des personnages ambigues, le premier étant le meilleiur ami du héros, un guerrier courageux mais jaloux, tiraillé entre sa loyauté, ce qu’il pense être le bien commun et sa jalousie qui le pousse à trahir en se convaincant qu’il le fait pour l’intérêt général. Bref, un personnage pourri mais tiraillé. Et Cavill est à l’aise dans les rôles de traîtres, de jaloux, de vicieux, de prétentieux, de manipulateurs. En revanche, le rôle de Clark Kent est limitant pour lui. Et surtout, on voit qu’il n’est pas à l’aise dans certaines scènes, en témoigne certaines de ses expressions faciales non naturelles (le dialogue final entre Superman et Zod au milieu du champs de ruine, l’acting de Cavill est désastreux). C’est comme pour The Witcher, on le croirait constipé. Donnez lui des rôles de méchant, bordel !

Bref, revenons à nos moutons.


Man of Steel va faire le choix de raconter la première moitié du film sans suivre une chronologie linéaire, sa narration va se déployer en suivant une logique thématique. Chaque séquence contemporaine sera suivie d’un flashback mettant en scène, dans une réalisation naturaliste mettant en valeur la douceur clair-obscur d’un Midwest traditionnel, où la figure quasi pastorale de Jonathan Kent (le père adoptif de Superman) vient apporter un équilibre, une porte de sortie aux frustrations d’un jeune adolescent doté de pouvoirs qui sont des tentations pour lui (tentation de la vengeance, tentation de se montrer). Jonathan Kent ne veut pas bouleverser l’ordre établi, il veut «conserver » la vieille Amérique, synonyme de paix, de tranquillité, et capable de proposer des portes de sorties même aux gens qui vivent dans la frustration. En suivant le parcours contemporain d’un Clark Kent qui ne peut s’empêcher de voler au secours de telle ou telle personne tout en cherchant ses origines, les leçons pastorale de son père adoptif son un fil rouge qui va définir ce qu’il deviendra une fois qu’il aura trouver son costume. Il ne deviendra pas un étranger à la Terre, il ne deviendra pas un dictateur à qui les pouvoirs ont monté la tête : il deviendra Superman, un terrien qui dispose de pouvoirs à la façon d’une responsabilité, et qui malgré ce que pensent les autres qui le voient comme une étrangeté, est fondamentalement plus terrien que les terriens, fondamentalement plus américain que l’Amérique (« j’ai grandit dans le Kansas, il n’y a pas plus américain que moi »)


Deuxième moitié du film : le basculement. Clark Kent découvre un vaisseau de colonisation qui va lui permettre de découvrir ses origines. Il découvre que Jor-El n’avait aucun projet de colonisation ou de repeuplement, mais juste de survie de ses idées de libre-arbitre (qui sont les mêmes que celles de Jonathan Kent en réalité). Clark Kent devient Superman, constatant l’apparente supériorité de Krypton (physique et technologique) sur la Terre mais décidant de se mettre exclusivement au service de la Terre. Terre qu’il explore en même temps que ses pouvoirs, dans toute sa diversité. C’est le moment où on arrive à l’affrontement avec les kryptoniens qui viennent avec des idées complètement opposées : ils attendent de Superman à leur projet eugéniste au travers d’une loyauté raciale plus que patriote. Evidemment, peu importe la race, Il a grandit en tant que Clark et non en tant que Kal, l’adhésion sera donc terrienne et non kryptonienne.

L’affrontement entre Jor-El et Zod va donc reprendre, mais cette fois de façon plus claire dans l’opposition de leurs idées, à travers un Superman qui défend tout ce qu’on a décrit plus haut. Et là il faut revenir à ce que je disais plus haut. En 2013, en terme de spectaculaire, il y avait un tas de choses qu’on n’avait jamais vu au cinéma. C’est pourquoi le premier combat de Kryptoniens, qui oppose Superman à Faora (l’adjointe de Zod) était une claque à l’époque. Claque qu’il n’est plus aujourd’hui malheureusement. À l’image de l’ensemble des affrontements du film, en mettant en scène des personnages très rapides, grâce aux moyens techniques qui permettent de ne plus distinguer clairement l’acteur de sa doublure numérique, on se rend compte que le cinéma sait enfin mettre en scène des personnages à la puissance hors du commun. Néanmoins, les combats où les coups sont peu montrés et où les projections sont trop nombreuses (technique martiale inutile, inoffensive, servant à faire des dégâts tout en empêchant les combattants d’être trop blessés) sont moins spectaculaires que si ceux-ci étaient mis en scène par un Tsui Hark par exemple. Je pense même que c’est ce qui fait que ce qui était une claque en 2013 ne l’est plus en 2025, alors que ces effets spéciaux se sont banalisés. L’amour des explosions de Snyder, qui détruit peut-être un peu trop gratuitement Smallville est limite ridicule bien qu’on comprenne ce qu’il cherche à montrer (Faora est surpuissante et se moque des dégâts, Superman cherche à protéger les civils à tout prix).


Le film s’achèvera sur un climax final, qui est l’aboutissement de tout le développement thématique mais aussi technique, dont l’objectif est clairement de raconter le trauma du 11 septembre. Cette séquence spectaculaire qui fera couler beaucoup d’encre – non sans raison – est probalement l’une des premières au cinéma à mettre en scène aussi frontalement et de façon aussi sérieuse, une allégorie des attentats du World Trade Center. Et inutile de dire que ça impacte. On voit les gens mourir à l’écran sans que Superman puisse les sauver, on voit un mépris absolu des kryptoniens pour la vie humaine et cela aura pour conséquence le choix final de Clark Kent de ne pas épargner le reste de chances de survie de la race kryptonienne. Pour un film Superman ,c’est extrêmement violent. Alors oui, on a l’impression que Clark Kent se fout complètement de sauver des vies (ce qui est faux, il ne peut pas sauver tout le monde tout simplement). C’est quand même intéressant de voir un Superman christique, censé incarner l’espoir et sauver tout le monde, échouer et être dans l’incapacité à empêcher un 11 septembre. C’est peut-être ça le réveil de l’Amérique. Son arrogance à se croire au dessus tout, plus morale, meilleure lui masquait son impuissance face à la cruauté du monde. Cela a été perçut comme un défaut à la sortie de Man of Steel, on pensait que dans sa volonté de faire du grand spectacle, Snyder avait négligé le sens, voir la logique de son final. Je pense qu’en arrivant à terme de cette critique, on peut établir deux choses :

1) Snyder n’est pas homme à négliger son message.

2) Mais Snyder est clairement quelqu’un qui peut se contredire dans son message, comme si ses idées évoluaient très vite et se contentaient plus de satelliser autour d’un axe (il demeurera toujours un conservateur chrétien) mais en explorant des idées parfois contradictoires.

Et je pense que la suite de Man of Steel , vient justement faire la critique de ce final, prouvant que Snyder était conscient de ce qu’il racontait, puisque les failles de Superman dans ce final, produisent directement des conséquences qui seront au coeur du second volet.


Que retenir au final de Man of Steel ? C’est un film ancré dans l’Amérique profonde, celle qui vote Trump, mais à une époque où leurs idées étaient peut-être moins délurées. C’est un film engagé, un film d’auteur, plein de failles mais qui a aussi la qualité d’avoir été novateur à son époque, d’avoir suffisamment de symbolisme pour produire un récit impactant, et qui sait encore aujourd’hui faire son petit effet, ne serait-ce que dans le climax final. La représentation de Krypton et des kryptoniens, le côté planant des scènes de Jonathan Kent, le fait que Loïs soit désormais un personnage plus pro-actif, le choix de faire un film Superman sérieux capable de s’ancrer dans son époque. Il y a quand même des allures de pari réussi dans Man of Steel, même si celui-ci a mal vieilli et si ses failles, son écriture parfois précipitée ou stéréotypée font qu’il ne peut pas prétendre à une part de la couronne que The Dark Knight avait 3 ans plus tôt arraché.

Robin_Legras
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le 23 juil. 2025

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Mini Baron

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