Une famille dans l'écrin vert d'une île amazonienne....vie âpre au plus près de la nature, la touffeur des arbres, la chasse, la pêche et l'eau du fleuve, partout, tout le temps, qui amène les enfants à l'école, convoie les hommes des barges, lave le linge et la honte dans ses remous jaunâtres... ce pourrait être une forme de paradis mais ça ne l'est pas. La paix et la sérénité des premières images sont trompeuses. Ici aussi, la monstruosité rôde et elle s'incarne dans ce père qui laisse la bête en lui s'emparer de ses filles. La mère laisse faire mais que peut- elle faire ? Car l'inceste, on le comprend, est inscrit et normalisé dans les règles sociales et familiales de ce coin d'Amazonie. Il est aussi transgénerationnel... les filles ne peuvent s'y soustraire. Leurs corps appartiennent aux pères et les enfants qui en naissent aussi. La religion, qui glorifie la famille à tout prix, ne protège pas. Quel échappatoire reste t-il alors ? Les barges et les hommes qui monnayent le corps des toutes jeunes filles contre quelques billets ? La fuite, pour aller dans ces villes inconnues où les saisons existent et où on porte des manteaux ? Fuir, comme la soeur aînée, et laisser derrière soi les plus jeunes ?
Manas est un très beau film porté par des acteurs magnifiques. La jeune comédienne qui incarne l'héroïne du film, est remarquable. L'actrice qui joue la mère, l'est tout autant, qui laisse passer sur son beau visage tous les tressaillements de ses ambiguités....
Manas est un film subtil qui ne condamne jamais ses personnages. L'inceste n'est jamais montré. Il se laisse deviner dans un corps qui s'attarde dans l'eau, dans la fixité d'un regard. Ses ravages sont là... à bord de ces barges où il devient facile de monter puisqu' effraction dans ces jeunes corps a déjà été faite.