Mandingo
7.7
Mandingo

Film de Richard Fleischer (1975)

Mandingo conforte mon sentiment que Fleischer était un artisan sacrément doué; je n'en doutais pas vraiment, vu que j'ai apprécié beaucoup de films de sa main, mais comme j'estime qu'il est à tort souvent oublié des listes de réalisateurs importants, ça me fait un nouvel atout à dégainer pour argumenter en ce sens.


Quelle fresque poisseuse il signe là avec cette illustration noire en diable des pires atrocités qu'ont pu commettre les hommes en réduisant leurs pairs à l'esclavage. On reproche souvent aux films qui traitent de ce sujet sensible de ne pas pousser le curseur assez loin, Fleischer ici ne prend pas de gants et passe en zone rouge à diverses reprises : de nombreuses séquences font littéralement froid dans le dos. Pour n'en citer qu'une, avant Tarantino qui reproduira le même malaise quelques années plus tard dans l'intimité d'un salon cossu de son Django, il met en scène un combat à mort d'un réalisme repoussant dont l'issue, horriblement marquante, annoncera une fin du même tonneau : radicale, violemment désespérante, absolument inhumaine.


Le reste du film navigue dans les mêmes eaux puisque même le blanc du coin qui ressent un peu d'empathie ne se rend pas compte que c'est un connard comme les autres, à une échelle un peu moindre, mais un salopard quand même. Les différentes séquences mises en scène par Fleischer pour illustrer le quotidien d'hommes blancs de pouvoir, qui considèrent leurs esclaves comme des bêtes, sont absolument dégueulasses. Qu'il s'agisse du droit de cuissage sur les jeunes filles à peine pubères, de ces marchés où l'on inspecte les hommes et femmes en vente sous la moindre couture, ou encore de cette passion du père pour la pure race du titre, tout est efficace en diable pour rendre insoutenable la démonstration.


Si l'on ajoute à cette plume radicale une galerie d'acteurs sacrément inspirés ainsi qu'une mise en scène aux petits oignons, le résultat est sans appel : on ne voit pas passer les deux heures et on finit le film sur les rotules, la tronche en vrac, sacrément démoralisé parce que tout ceci n'est pas si vieux au final, et que sans aucun doute, ces horreurs sont encore une réalité quelque part sur terre. Ces démonstrations de la violence qui caractérise la nature de l'homme sont toujours un rappel à l'ordre d'une tristesse absolue et dans le cas présent un mal nécessaire contribuant à un devoir de mémoire qui ne l'est pas moins.

oso
8
Écrit par

Créée

le 25 janv. 2025

Critique lue 97 fois

oso

Écrit par

Critique lue 97 fois

6
2

D'autres avis sur Mandingo

Mandingo

Mandingo

9

Toshiro

86 critiques

If Dixie's big lips could talk

. . . « Parlez doucement et portez un gros bâton, vous irez loin. » (Proverbe africain fait sien par Theodore Roosevelt) . . . . « Ce que vous croyez régulier, mes frères, mes sœurs, est plus tordu...

le 27 mai 2019

Mandingo

Mandingo

7

Boubakar

6795 critiques

Noir c'est noir.

Il y a une sorte de mystère de ce film ; pourquoi n'est-il pas encore disponible en dvd ou blu-ray en France ? Il aurait très bien surfer sur la vague de 12 years a slave ou de Django Unchained, qui...

le 10 juil. 2017

Mandingo

Mandingo

5

constancepillerault

2465 critiques

Critique de Mandingo par constancepillerault

Je vais aller un peu à contre courant des avis exprimés ici sur ce film. Certes je salue la volonté de Fleischer d'avoir voulu faire un film sur l'esclavage qui soit le plus direct possible. Mais...

le 8 août 2019

Du même critique

La Mule

La Mule

5

oso

928 critiques

Le prix du temps

J’avais pourtant envie de la caresser dans le sens du poil cette mule prometteuse, dernier destrier en date du blondinet virtuose de la gâchette qui a su, au fil de sa carrière, prouver qu’il était...

le 26 janv. 2019

Under the Skin

Under the Skin

5

oso

928 critiques

RENDEZ-MOI NATASHA !

Tour à tour hypnotique et laborieux, Under the skin est un film qui exige de son spectateur un abandon total, un laisser-aller à l’expérience qui implique de ne pas perdre son temps à chercher...

le 7 déc. 2014

Dersou Ouzala

Dersou Ouzala

9

oso

928 critiques

Un coeur de tigre pour une âme vagabonde

Exploiter l’adversité réservée par dame nature aux intrépides aventuriers qui pensent amadouer la rudesse de contrées qui leur sont inhospitalières, pour illustrer l’attachement réciproque qui se...

le 14 déc. 2014