Manhattan est un Allen qui m'a véritablement comblé, une véritable perle sur pellicule et un des films les plus fins que j'ai pu voir. Woody parle de relations humaines, d'amour, d'art tout en y ajoutant une grosse dose d'humour subtil qui fait vraiment plaisir, surtout quand on y reconnait les différents oeuvres ou personnalités auxquelles le cinéaste fait référence.
En tout premier lieu je tiens quand même à souligner à quel point l'ambiance de ce film est sublime et la superbe qualité visuelle suffit à appuyer cela. Le film est dans un des plus beaux Noirs et Blanc que j'ai pu voir, très contrasté lors des scènes extérieures, un éclairage délicat, c'est juste délicieux pour la rétine et presqu'à en pleurer! La mise en scène dans sa globalité est juste remarquable, non seulement dans les cadrages mais aussi dans l'utilisation de l'espace qui ne sera jamais modifié pour laisser place à une forme de sincérité, de réalisme, d'authenticité cinématographique tout simplement. Certains plans sont magistraux, le plus célèbre étant celui des deux personnages assis sur un banc en face du pont de Manhattan qui semble si gigantesque par rapport à eux. Esthétiquement ce film est sublime, l'utilisation du Cinemascope apporte d'ailleurs cette impression de grâce et de majesté.
Mais si il n'y avait que ça, Manhattan est aussi une oeuvre drôle, très ironique d'ailleurs et à la qualité d'écriture impressionnante. Woody Allen est aussi un grand amoureux du cinéma et ça se voit. Il détourne même certaines répliques (Le "We'll always have Paris" notamment) dans une perspective totalement ironique et c'est à mourir de rire. Les petites références à Bergman ou Fellini sont également délicieuses de par leur pertinence, d'ailleurs Allen n'en est pas à son premier clin d'oeil concernant Bergman, son film Guerre et Amour (que je n'avais pas trop aimé cela dit) faisait ouvertement référence au Septième Sceau notamment.
Le cinéaste traite aussi avec légèreté les rapports humains, on y voit le côtoiement de plusieurs triangles amoureux, la vie privée du personnage principal, Isaac, étant d'ailleurs un gros bordel. Les personnages sont savoureux et on prend un malin plaisir à suivre l'histoire entre Isaac et Mary (Magnifique Diane Keaton) dans ce New-York sublimé par la fabuleuse mise en scène d'Allen (J'ai l'impression de me répeter beaucoup sur ce point-là). Ce film est d'ailleurs une déclaration d'amour à New York mais aussi à l'Art et à l'humain. Un chef d'oeuvre aussi accessoirement, un film d'une grande finesse, d'une grande intelligence peignant des êtres teintés de magie, à la fois remplis de vie et chargés de mélancolie et ça fait plaisir de voir évoluer des personnages d'une telle vivacité avec en prime une qualité de dialogues hallucinante. A la fois drôle et sincère, Manhattan de Woody Allen est bien une oeuvre majeure, savoureuse et grandiose.