...faire le bon choix !



Fantaisie dramatique



Depuis Annie Hall, Woody Allen a gagné en profondeur et en humanité. Il ne se contente plus de faire du comique pour faire rire mais il dissèque les relations entre les personnages qu'il construit avec une rare acuité.



New York est une ville en noir et blanc qui palpite au rythme des airs de Gerschwinn



L'ouverture du film met ainsi la ville/personnage à l'honneur. Eclate alors la petitesse des personnages face à la ville monstre.


Isaac Davis, la quarantaine désenchantée, souffre de solitude. Ayant divorcé deux fois, sa vie amoureuse est un ratage à cause de son égocentrisme.
Aussi, quand il rencontre deux femmes, l'une très amoureuse, généreuse mais trop jeune, l'autre belle cultivée mais éternelle insatisfaite, il ne prend pas la jeune femme au sérieux, et s'accroche à l'autre qui elle ne se soucie pas de lui.
Entre ses deux ex femmes, dont l'une lesbienne, son fils il confond amour véritable et désir. Il se laisse guider par les mauvais choix.



Ses femmes :



Tracy est une jeune étudiante de 17 ans qui découvre l'amour et la vie. D'une grande maturité, elle ne joue pas et est sincèrement amoureuse de Isaac. Elle tranche avec le reste des personnages blessés qui soignent leur malêtre par l'autodérision. La jeune femme illumine le film avec sa solidité grave et sa lucidité. Elle rend à l'Amour sa puissance salvatrice.


Mary : Maîtresse du meilleur ami d'Isaac, elle est une femme brillante libre mais éternelle insatisfaite. Elle pérore sur la philosophie scandinave, intellectualise les rapports amoureux et se montre folle amoureuse d'un homme marié.


Jill : Ex femme et mère du fils d'Isaac, elle a écrit un livre exploitant sa relation avec l'homme qu'elle a épousé. Elle vit depuis leur divorce avec une autre femme et entretient des rapports conflictuels avec son ex mari.



Tu étais si belle que je n'ai pas écouté mon psy quand il m'a dit de
me méfier.



La dernière scène est à la fois tragique et pleine d'espoir. Elle représente merveilleusement le mélange de légèreté et de mélancolie délicate.
Il réalise que l'amour de la jeune femme qu'il a rejetée lui manque, il veut lui ouvrir son coeur mais... trop tard. Elle s'est décidée à l'écouter et à vivre sa vie sans lui. Est-il prêt à l'attendre comme elle l'a fait ?
Il a fait plusieurs fois fausse route mais trouve enfin le bon chemin à suivre.



Rhapsodie in blue



L'influence de ce film se prolongera pendant plusieurs décennies.
Un exemple des plus visibles est la série culte des années 90 Friends.
Les liens entre les personages, la ville de New-York et surtout le personnage de Ross qui a l'image d'Isaac/Woody épouse une femme lesbienne qui le quitte pour une autre.
Il y a plus de 35 ans, Woody dénonçait le manque de communication entre les êtres qui s'aiment (et les autres), l'influence néfaste et abetissante de la télévison devenu maître à penser en



ramolissant les cerveaux des téléspectateurs.



et se montre précurseur en évoquant le mariage homosexuel et l'éducation d'un enfant par deux mères alors qu'



il est déjà si difficile de survivre à une seule.



.



Tu te prends pour Dieu ?
Il faut bien que quelqu'un me serve de modèle.



Manhattan confirmait la place de Woody parmi les plus grands. Il reste son plus grand chef-d’œuvre. Indémodable comme son affiche. Tant pis si le banc du Queensboro Bridge n’a jamais existé.

Rawi
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le 6 févr. 2016

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