Une adaptation de l'histoire de Manon Lescaut, se passant dans l'après-guerre. En 1949 le sujet est sulfureux pour d'autres raisons que celle imaginées par l'abbé Prévost. Car Clouzot, qui sera inquiété après-guerre, n'hésite pas à égratigner la vision héroïque qui s'imposait alors. Si on y voit bien des héros résistant l'arme à la main, c'est dans le monde interlope des petites gouapes et des profiteurs de guerre qu'on va plonger.
L'histoire est donc celle d'un résistant, un honorable jeune homme, qui va tomber amoureux de Manon, la fille qui n'hésitait pas à faire des risettes aux "boches". Mais Manon, par son appétit irraisonné pour les richesses, va lui en faire voir des vertes et des pas mûres.
Si l'intrigue reste la même, le personnage de Clouzot, dont on sent sa fascination au fait qu'il raccourcisse le titre pour lui laisser toute la place, est sensiblement différent de celui de l'abbé Prévost. Là où l'abbé moralisateur fustigeait le vice, Clouzot dresse le portrait d'une femme jetée trop jeune par les événements dans l'arène de la vie, une femme que son appétit de vivre, couplé à son inexpérience va conduire à de regrettables extrémités.
En somme le roman est modernisé, l'air de n'y pas toucher.
C'est donc en toute logique le portrait de Manon qui fascine le plus. Elle ne perd pas une forme d'innocence que son attitude dément pourtant systématiquement. Femme enfant, femme objet, elle tente de forcer le destin, et excite plus la pitié ou l'admiration, selon les moments, que la réprobation.
Du moins pour le spectateur, bien sûr.
Si le film est daté sur certains de ses points de vue, on retiendra une scène puissante dans le train bondé, alors qu'on traverse un wagon quasiment vide, interdit aux français. Un wagon réservé aux soldats américains!
C'est finalement l'aspect romance qui convainc le moins. Les rapides retournements de Robert Desgrieux rendent le personnage assez peu crédible, et en fait plutôt horripilant pour le spectateur, pensez donc, c'est rien qu'une girouette le bonhomme. Ce qui a pour effet de nous distancier de cette histoire d'amour, qui sonne trop fabriquée, qu'on ne ressent pas.
Reste une adaptation personnelle et au goût du jour d'un classique de la littérature.
Ce qui montre que si les récits sont ancrés dans leur temps, les bonnes histoires, elles, ne vieillissent pas.