Quand Morgan Spurlock s'attaque à la question de la virilité moderne à travers l'entretien corporel, on s'attend à une analyse acérée, à la fois drôle et mordante. Avec Mansome, sorti en 2012, c’est tout l’inverse qui se produit : un traitement plat, anecdotique, et terriblement creux.
Dès les premières séquences, le ton est donné : on rira peut-être un peu, mais on n’apprendra pas grand-chose. Plutôt que de questionner avec pertinence les normes de l’apparence masculine, Mansome se contente de juxtaposer des portraits parfois amusants, souvent caricaturaux, sans jamais chercher à relier ses observations à des enjeux de fond. Il survole son sujet avec une légèreté qui finit par devenir agaçante.
Le montage décousu, les interviews convenues, et les commentaires de célébrités (Will Arnett, Jason Bateman) donnent une impression de patchwork, d’un enchaînement paresseux de vignettes sans réelle profondeur. Spurlock semble hésiter entre documentaire et divertissement léger, et échoue à réussir l’un ou l’autre. À aucun moment je n’ai senti une volonté réelle de creuser les contradictions, les pressions sociales ou les mutations de l'identité masculine. Tout reste en surface, propre et inoffensif — à l’image des barbes taillées avec application qu’on nous montre pendant 80 minutes.
Ce qui m’a le plus frustré, c’est le potentiel gâché. Le sujet était passionnant, les pistes d’exploration nombreuses : rapport au corps, dictats esthétiques, fragilité des normes viriles… Mais Spurlock choisit la voie la plus facile, celle du sourire complice et de la remarque vite oubliée. Le regard critique, pourtant sa marque de fabrique, est ici complètement absent. À force de vouloir être léger, Mansome finit par devenir inconsistant.
Esthétiquement, rien ne vient sauver l’ensemble : la réalisation est fonctionnelle, sans audace ni personnalité. Il n’y a ni souffle narratif, ni véritable parti-pris visuel. Tout semble conçu pour ne surtout pas déranger, pour effleurer sans jamais heurter.
Avec un 3/10, je sanctionne un documentaire qui a choisi la facilité plutôt que la pertinence, l’anecdote plutôt que l’analyse. Ce n’est pas tant l’échec qui est décevant que la sensation qu’il était évitable. Mansome aurait pu être un regard brillant et satirique sur la masculinité contemporaine ; il n’est au final qu’une conversation creuse et polie, vite consommée, vite oubliée.