Légers spoilers.
Dès les premiers plans (jungle nocturne bruissante et fantastique, confrontée à des lumières cheap et multicolores comme pour une installation de musée), on est les deux pieds chez Weerasethakul, avec lequel le film ne cessera de tresser des liens : rythme en stases, passion des néons, disparition du personnage à mi-film, quasi-romance homosexuelle (quoiqu’à aller fouiller le net, il semble que je sois le seul à l’avoir vécue ainsi), tout y est. Et c’est un peu le drame de ce film, comme <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/4IpTVp"><i>Mundane History</i></a> avant lui, de forcément être vécu dans la comparaison avec le cinéma du réalisateur palmé d’or, dont il se présente comme une version “vulgaire” : plus facile, plus portée sur l’effet, simplifiée et digérée sous une forme plus accessible. Le découpage est ainsi beaucoup moins patient, les trouvailles visuelles sont foisonnantes plutôt qu’économes, la musique planante vient sans cesse en renfort, la romance (si là encore elle existe) repose sur des ressorts émotionnels de fan-fiction ado. Et ce jusqu’à cette image finale kitsch à la poésie fabriquée… Il reviendra au futur de comprendre s’il n’y a eu là, dans le sillage de Weerasethakul, qu’une peuplade d’ersatz qui peinaient à en mimer la manière (il y a même une quasi-scène de SPA ici, c’est dire combien ce style en devient sa propre caricature), ou si le réalisateur thaïlandais a ouvert une brèche béante, comme Welles ou Godard en leur temps, qui aura lancé toute une mouvance, une esthétique à part entière qui appartient à tous. En attendant, on peut oublier tout cela et se concentrer sur ce qui reste un premier film généreux, qui parvient à inventer ses propres petits rituels (ces face-à-face aux néons, mi-saisissants mi-embarrassants), et qui frappe par sa capacité à créer une bulle rêveuse (nocturne, multicolore, doucement rythmée par le monologue adressé au personnage muet) – bulle dont la berceuse, soudain amputée de son personnage central, crée une sensation de vide et de manque assez saisissante. En ce sens, l’expérience sensorielle est réussie.
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