Cronenberg et moi, dans les années 90, c’était le grand amour. On filait droit, en osmose. Je l’avais même présenté à mes parents (et bien que ce fût, déjà, le grand amour avec Peter Greeenaway, mais j’étais alors assez versatile comme garçon…). Faux-semblants, Le festin nu et Crash restent trois chefs-d’œuvre qui m’ont durablement marqué, et Cronenberg, au même titre que Greenaway ou David Lynch, a construit en partie ma cinéphilie à une époque où j’étais jeune et influençable. À partir d’eXistenZ, notre histoire a commencé à battre de l’aile. Je découchais. Il me décevait. Nous avions fini par nous détester.

Aujourd’hui encore, je pleure parfois la nuit sur les cendres de notre histoire qui restent là, prises dans les méandres de mon cœur blessé et rabougri. Je suis triste, vois-tu. Et Maps to the stars n’y changera rien, non, et j'en pleure encore la nuit… Écrit par Bruce Wagner, illustre inconnu pourtant écrivain, acteur (à la fin des années 80 principalement), producteur (de télévision principalement), réalisateur (de deux machins obscurs principalement) et scénariste (de pas grand-chose principalement), Maps to the stars a quelque chose de prodigieusement daté, frelaté même. Des années de retard. Et son scénario ressemble à un fond de tiroir qu’on aurait dérobé chez Bret Easton Ellis (qui, lui aussi, a usé de vieilles ficelles pour The canyons).

Rien de nouveau donc sous les palmiers de L.A. où d’éternelles figures riches et névrosées luttent contre leurs démons intérieurs (dépressions, tyrannie maternelle, inceste refoulé, mort omniprésente, folie meurtrière…) sans qu’on s’en émeuve une seule seconde. Par dépit, par comparaison, par nostalgie aussi, on retournera voir Boulevard du crépuscule ou The player, et puis Mulholland Drive bien sûr, le film-clé, le film-somme. Davantage qu’une satire (prévisible et ennuyeuse) sur Hollywood, Maps to the stars est un film sur des êtres malades, prisonniers de leurs tourments et qui cherchent à aller mieux. À s’en défaire et à s’en libérer. C’est ce que dit et suggère le poème La liberté de Paul Éluard, déclamé souvent par Agatha et son frère comme un leitmotiv sursignifiant, fatigant à la fin.

La mise en scène de Cronenberg, maîtrisée mais trop sage, n’arrange rien, incapable de transcender la platitude de ses personnages et de saisir toute la cruauté d’un monde miroir où l’on peut "disparaître sans même s’en apercevoir" (Moins que zéro). Et puis quand même, on se demande pourquoi Cronenberg est encore et toujours sélectionné à Cannes, et pourquoi Julianne Moore, en mode mineur, a obtenu un prix d’interprétation discutable (et discuté) pour un rôle pas vraiment intéressant, stéréotypé presque. Sans doute pour une scène de triolisme gentiment olé olé (quel chic !), ou parce qu’elle se fait prendre par Pattinson à l’arrière d’une limousine (quelle audace !), ou parce qu’il n’y avait personne d’autre à récompenser (quelle connerie !). Cannes et Hollywood, même combat : sous les étoiles, le désespoir.
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le 2 juin 2014

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