Lauréat de nombreuses récompenses et signé par un auteur espagnol respecté, Mar Adentro a l’intérêt d’investir un sujet de société qui, aujourd’hui encore, résonne dans l’actualité politique, en particulier française. La confrontation d’une volonté individuelle à des groupes idéologiques distincts, porteurs de valeurs et d’une vision du monde détachées de la souffrance ressentie par Ramón Sampedro, et les projections spectrales de ce dernier dans des souvenirs ou dans des actions qu’il ne saurait désormais entreprendre, rappelant que le petit cinéma d’Alejandro Amenábar est peuplé de fantômes, constituent les qualités d’une œuvre sinon larmoyante et démonstrative.
Les lourdeurs d’écriture et de mise en scène paralysent davantage le protagoniste que sa propre infirmité, saisie non comme telle mais comme le support d’une thèse réduisant le geste esthétique à autant de notes d’intention. La complexité voire l’ambiguïté attendues par le thème principal du film disparaissent au profit d’une série de variations autour de l’alitement médicalisé, avec sa galeries de mines endolories que refuse Javier Bardem, noyé malgré lui – il suit une direction – dans une soupe à la grimace hors de toute authenticité. Dommage.