Mārama
6.3
Mārama

Film de Taratoa Stappard (2025)

Au sein d’une pièce, une femme est agenouillée avec le menton ensanglanté. Elle tient un couteau dans sa main et la colère se lit dans ses yeux.


Ainsi débute Marama, par cette image saisissante d’où émane une rage chez cette femme. Avant d’en arriver à ce moment et d’en comprendre les raisons, on la retrouve sur une route de la campagne anglaise. Mary (Ariana Osborne) a quitté sa Nouvelle Zélande pour rejoindre un correspondant qui doit lui donner des informations sur sa famille. A son grand désarroi, l’homme n’est pas présent dans sa demeure. En son absence, elle est hébergée par Nathaniel Cole (Toby Stephens), le maître des lieux. L’homme se montre bienveillant à son encontre. Il connaît ses coutumes et sa langue. Il vante les mérites de sa culture et ne cesse de s’en enorgueillir. Face à cet homme, Mary éprouve de la méfiance. Elle reste sur la défensive. Elle n’est pas une femme occidentale. Elle est éduquée et se montre l’égale d’un homme, au contraire de Peggy (Umi Myers), une servante utilisée pour ses compétences dû à son poste mais aussi pour son corps, afin d’assouvir les désirs du maître.


En raison de son rang, le maître possède une vaste demeure où le soleil ne parvient pas à en illuminer la noirceur. Les murs sont ornés par des portraits représentant des mises à mort et autres représentations sanglantes, au sein desquels trône fièrement celui du maître des lieux. Dans l’oppressante obscurité des pièces, la lumière provient des jardins dans lesquels errent Mary et la petite fille du maître, Anne (Mihi Te Rauhi Daniels). Du moins, en apparence, tant le malaise se propage sur chaque parcelle des terres du maître.


Le maître organise une soirée pour honorer la culture Néo-zélandaise. Avec ses convives, il s'amuse de leur folklore, jusqu'à le ridiculiser, pour divertir la cour décadente qui se gausse de ses coutumes, empreint d’une ignorance concernant les enjeux qui se jouent devant leurs yeux brillants, leurs corps imbibés par l’alcool et leurs esprits colonialistes. Ils sont sûrs de leurs faits, au détriment de Mary qui tente d'imposer sa force émotionnelle, sans qu'ils soient en capacité de la comprendre.


Marame aborde la colonisation de la Nouvelle Zélande par la perfide Albion, de sa réappropriation culturelle, ainsi que de ses terres, ses richesses et leurs corps. Une culture où la femme est considérée comme égale, au contraire de l’occident, qui ne leur permet pas d’accéder à l’éducation et d’être indépendante.


Ariana Osborn est comme possédée par son rôle. Elle fait preuve d’une impressionnante puissance émotionnelle qui n’a de cesse de nous bousculer, que ce soit à travers son regard où le tranchant de son verbe.


Comme pour le génocide Amérindien, le cinéma se montre plus en phase avec la réalité historique que les livres d’histoire et les médias. Doit-on aussi attendre des siècles, avant que le génocide du peuple Palestinien ne soit reconnu par nos sociétés colonialistes?


L'œuvre ne fait pas preuve d'ambiguïté. Elle est d’une simplicité narrative avec une réalisation toute en maîtrise de Taratoa Stappard. Une œuvre plus démonstrative que réflexive où son sujet se suffit pour en faire un film d’horreur.

easy2fly
7
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le 28 mai 2026

Critique lue 11 fois

Laurent Doe

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