Créer de véritables personnages à partir de monstres

Quand on se lamente sur le déclin infantilisant du cinéma américain actuel, il reste la possibilité d’aller voir des films adultes et intelligents. Margin Call est de ceux-là : un film politique, mais avec une histoire, des personnages, de l’action.

Margin Call se plonge dans les arcanes d’une banque, dont on peu très bien penser qu’il s’agit de Lehman Brothers, mais il pourrait tout aussi bien s’agir de la Deutsche Bank ou du Crédit Agricole. Une vague de licenciement est en cours, et le patron de la Gestion des Risques est limogé, façon In The Air.

Mais avant de partir, Dale (c’est son nom) a vu quelque chose : sa banque serait engagée bien au-delà des risques admissibles depuis une quinzaine de jours. Il transmet une clef USB à un trader junior, Pieter (interprète par Zachary Quinto, également coproducteur du film et Mr Spock dans Star Trek de JJ Abrams !) et lui demande de vérifier ses calculs.

Pieter s’exécute, et c’est la panique : on prévient le chef qui prévient son chef qui prévient Dracula lui-même en personne : Jeremy Irons. Comment sauver la banque, si ce n’est en vendant dès l’aube tous ces actifs toxiques ? Le reste du film tournera autour de ce débat, plus commercial que moral (la banque ruinera sa réputation, mais se sauvera du Krach)

Sur cette trame narrative plutôt mince – il ne passe rien de concret à l’écran – le scénariste et réalisateur J.C. Chandor esquisse une formidable galerie de personnages, requins coincés dans le même bocal, et servi en cela par des comédiens exceptionnel (Spacey, Quinto, Paul Bettany, Demi Moore, Stanley Tucci et Simon Baker, notre Mentaliste TF1, tout à fait exceptionnel.

Le scénario ne tombe pas dans le piège de la pédagogie, insistant même sur le fait que la plupart des personnages (sauf les deux traders juniors) ne comprend ni ne maîtrise les mathématiques qui gouvernent les marches. Non, la plupart des personnages sont des managers, qui tuent pour éviter d’être tues. Ils seront jugés à leur rapidité, à leur sens politique, et pas sur d’autres compétences. Leurs dilemmes moraux, quand ils en ont, sont vite submergés par des contingences matérielles (la maison à payer, les études des enfants, le véto du chien).

C’est la force extraordinaire de Margin Call. Créer à partir de monstres (les Godzillas de la finance, détruisant l’économie à coup de junk bonds) de véritables personnages. Car qui dit personnage dit affection : protagoniste ou antagoniste ? Dans Margin Call, on se préoccupe du sort de tous le monde (protagonistes) et on en déteste un seul, Dracula-Irons (antagoniste). Pourtant, à aucun moment, J.C. Chandor ne nous donnera un peu de miel pour attendrir ses personnages.

Tous pourris, mais tous humains.
Ludovico
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le 27 oct. 2012

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