Maria
6.3
Maria

Film de Pablo Larraín (2024)

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Après Jackie en 2017 et le magnifique Spencer en 2022, Maria vient conclure la trilogie de Pablo Larraín autour d'icônes féminines du XXème siècle. Le réalisateur chilien aborde ici la figure de Maria Callas, l'une des plus célèbres cantatrices de l'histoire, autant adulée que décriée.

Larraín nous plonge directement en septembre 1977, une semaine avant la mort de la cantatrice. Une période où la diva grecque s'efforce de retrouver ses facultés vocales, recluse dans son appartement à Paris. Se remémorant alors, malgré elle, sa carrière.

Il me paraît tout d'abord essentiel de préciser l'approche habituelle (et très particulière) du biopic par Pablo Larraín. Bien loin d'une forme classique, relatant les faits de vie à travers une retranscription académique, le cinéaste s'affranchit généralement de tout ancrage à la réalité. Le but n'étant pas de décrire consciencieusement la vie d'une icône, mais plutôt de capturer l'essence même de cette dernière, et notamment ses démons intérieurs.

Pour cela, Larraín fait bien souvent basculer ses récits dans le fantastique, principalement à travers des visions fantasmées. Dans Spencer par exemple, Lady Diana est dépeinte comme une princesse paranoïaque et névrosée, brisée par l'obnubilation des journalistes et les coutumes royales asphyxiantes. Ses troubles psychiques la conduiront à des hallucinations régulières, notamment l'apparition spectrale d'Anne Boleyn (deuxième épouse du roi Henri VIII, qui fut décapitée à la demande de son mari). Transformant ainsi le long-métrage en véritable film de fantôme.

Dans Maria, ce sont les fantômes du passé qui viennent détruire intérieurement la cantatrice.

Un passé glorieux, couvert d'éloges et d'acclamations, triomphant dans des salles combles bouleversées par les performances vocales spectaculaires de la diva grecque. Des facultés vocales désormais révolues, et qui ne reviendront jamais, malgré tous les (douloureux) efforts entrepris par la cantatrice. Au détriment de sa santé, déjà fragile.

Un passé mouvementé également, avec une enfance vraisemblablement traumatique, en particulier au cours de la seconde guerre mondiale. En plus d'une vie privée constamment scrutée et commentée, et notamment sa relation avec le magnat Aristote Onassis. Une relation dont elle finira veuve, hantée par un deuil éternel.

Larraín utilise ici l'automédication excessive de la cantatrice pour justifier ces incursions fantastiques au sein du récit. En témoigne le journaliste (imaginaire) qui supervise son interview/autobiographie au cours du long-métrage, littéralement prénommé Mandrax (nom de son sédatif).

Le personnage de Callas est ainsi très souvent sujet à des visions fantasmées, quasiment toujours axées autour de séquences musicales. Une manière de témoigner de son amour inconditionnel pour cet art, véritable raison de vivre chez elle. Mais aussi de son autocentrisme, et du culte de la personnalité assez vertigineux que la cantatrice se voue à elle-même.

En effet, comme dit dans l'introduction, Maria Callas était une figure aussi adulée que décriée. Et le film n'hésite pas à dépeindre la facette profondément haïssable du personnage. Un pari très risqué en soit, puisqu'il force le spectateur à suivre un protagoniste principal foncièrement malaimable. Mais un pari payant à mes yeux, d'autant plus dans une industrie de biopics lisses et convenus, bien (trop) souvent voués à caresser leur figure dans le sens du poil.

Impossible alors de ne pas mentionner la performance scotchante d'Angelina Jolie, à la fois bourgeoise, maniérée et détestable, mais également très touchante, par son passé impitoyable, ses névroses destructrices et sa passion dévorante pour la musique. Absolument incompréhensible d’ailleurs de voir que la comédienne n'ait pas été nommée dans la catégorie meilleure actrice aux Oscars.

Le reste du casting s’avère également particulièrement brillant, en plus d’être surprenant. Car voir Vincent Macaigne donner la réplique à Angelina Jolie, ça n’a pas de prix.

Pour contrebalancer mon propos, il est très probable que de nombreux spectateurs restent complètement hermétiques à ce dispositif. À l'image de son personnage principal, l'œuvre peut paraître inaccessible, d'autant plus combinée à la forme traditionnelle de Larraín, véritablement clivante. Comme à son habitude, le cinéaste empreint son long-métrage d'une lenteur caractéristique, étirant les séquences à outrance, portées par une musique lancinante. Ainsi, Jackie, mais surtout Spencer, avaient été des propositions particulièrement rejetées par le grand public, considérant les films comme inintéressants et soporifiques (c’est faux).

Maria ne fait pas exception à la règle, avec notamment un premier tiers assez traînard, qui demande un vrai investissement à son spectateur pour totalement entrer dans l'œuvre. Heureusement, le film va crescendo, jusqu'à un dernier tiers absolument bouleversant (et tout particulièrement une séquence d'adieu déchirante).

Néanmoins, s'il y a bien un point sur lequel tout le monde peut s'accorder, c'est l'esthétique du long-métrage. Larraín signe (encore une fois) une imagerie splendide, que ce soit par ces couleurs chaudes et vives, ou par ce noir et blanc d'une beauté renversante. La photo, signée Ed Lachman (déjà à la photo d'El Conde, précédent film de Larraín), est magnifique, dépeignant potentiellement l'une des plus belles versions de Paris jamais illustrées au cinéma.

Et cette fois-ci, la photo est nommée aux Oscars. Youpi.

Avec Maria, Pablo Larraín conclue avec brio sa trilogie du féminin. Un voyage aussi enivrant que haïssable, au cœur des névroses d'un personnage particulièrement complexe.

Une expérience très subjective, et qui ne fera certainement pas l'unanimité. Mais est-ce que ce n'est pas tout ce que l'on attend d'un biopic finalement ? Une véritable vision artistique et personnelle, vouée à transcender une figure, en positif comme en négatif.


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le 7 févr. 2025

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