Jean-Pierre Améris est un cinéaste qui sait créer des ambiances chaleureuses à chacun de ses films. Ces dernières années, il a su tirer le meilleur de Poelvoorde avec sa jolie comédie sentimentale « Les émotifs anonymes », recréer l’univers noir mais plein d’espoir d’Hugo dans « L’homme qui rit » il nous revient avec un neuvième film débordant de bonté et d’amour, « Marie Heurtin ». En voyant la bande annonce on craint le film dégoulinant de bons sentiments, de ceux qui ont fait les beaux jours du box office dans les années 50. D’autant que le sujet, l’éducation d’une « sauvageonne », n’a rien d’exceptionnel, « L’enfant sauvage » de François Truffaut ayant marqué à jamais les esprits. Mais « Marie Heurtin » se situe ailleurs, la petite Marie sourde et aveugle de naissance qui est recueillie par les sœurs oblates à l’institut de jeunes filles, n’est pas le personnage principal, elle n’est que le vecteur qui pousse une jeune femme pleine de foi en la vie, Sœur Marguerite, à se surpasser pour lui ouvrir les portes du monde. La description de ce combat existentiel qu’elle mène, aurait pu s’autocentrer sur les principes « salvateurs » de la foi catholique, devenant de fait une espèce d’objet de propagande. Il n’en est rien. On se trouve face un une œuvre profondément humaniste, bienveillante qui s’immisce en vous par de petites touches de grâce (les retrouvailles avec les parents, la scène finale…). Bien évidemment, le film perdrait de sa force sans la présence rayonnante d’Isabelle Carré, de l’incroyable charisme d’Arianna Rivoire et des seconds rôles tout aussi impliqués (notamment l’énorme plaisir de retrouver Laure Duthilleul). Ces prestations extraordinaires viennent gommer les quelques petits défauts de mise en scène, ou de choix de scènes parfois trop « confortables » visant l’émotion à tout prix. Il n’en reste pas moins que « Marie Heurtin » est un très joli film.