Marie Stuart, Reine d’Écosse réécrit l’Histoire à la lumière anachronique des enjeux sociaux-culturels contemporains et, en inscrivant cette relecture dans un cadre strictement historiciste où tout suinte la reconstitution minutieuse, se prend les pieds dans le tapis. Détourner la réalité pour en proposer une parabole à charge aurait pu fonctionner à condition que la démarche établisse une distance entre le sujet et son traitement. Or ici il n’en est rien. Par conséquent, le propos politique sonne désespérément creux et gratuit, et la qualité relative à la reconstitution historique en pâtit. Toute l’œuvre est prise d’une bipolarité navrante : d’une part la fougue de la jeunesse, d’autre part les réunions stratégiques où jaillissent peurs du complot et poncifs dignes d’un orateur mal réveillé. Josie Rourke avance avec des semelles de plomb et semble chercher tout élément qui pourrait choquer : et des scènes de sexe à rallonge et la cause homosexuelle et la condition de la femme. Par le pouvoir, l’homme a été changé en monstre ; dès lors, toute femme au pouvoir en subit la contagion et devient, à son tour, monstrueuse. Non que l’idée soit mauvaise ; seulement aurait-il fallu un peu de subtilité dans le traitement. Marie Stuart apparaît telle une figure de médiation qui comprend et défend les bonnes causes, fait rire et se montre à l’écoute voire décomplexée quand il s’agit de sexe (car de sexe il s’agit presque couramment). Et que dire lorsqu’elle pardonne à l’homosexuel – qui s’était travesti d’ailleurs quelques scènes auparavant, pour que l’amalgame soit complet – en tenant, par la même occasion, un discours sur la nature humaine : « Vous avez succombé à votre nature », blablabla. En somme, Marie Stuart, Reine d’Écosse c’est un peu l’Histoire relu par les pages Gala mais qui bénéficierait de deux atouts majeurs : la performance de Saoirse Ronan et la composition musicale signée Max Richter qui tentent, respectivement, d’insuffler une âme et de souffler des émotions à un film trop balourd et caricatural pour convaincre.

Créée

le 21 févr. 2019

Critique lue 3.9K fois

Critique lue 3.9K fois

41
1

D'autres avis sur Marie Stuart, reine d'Écosse

Marie Stuart, reine d'Écosse

Marie Stuart, reine d'Écosse

3

Fêtons_le_cinéma

3808 critiques

Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine

Marie Stuart, Reine d’Écosse réécrit l’Histoire à la lumière anachronique des enjeux sociaux-culturels contemporains et, en inscrivant cette relecture dans un cadre strictement historiciste où tout...

le 21 févr. 2019

Marie Stuart, reine d'Écosse

Marie Stuart, reine d'Écosse

5

Grimault_

169 critiques

Seules contre tous

Les films d’époque sont en vogue ces temps-ci. Après le remarqué et acclamé La Favorite, Marie Stuart, Reine d’Écosse débarque et propose un biopic tout aussi généreux en terme de décors et de...

le 1 mars 2019

Marie Stuart, reine d'Écosse

Marie Stuart, reine d'Écosse

1

Burnham

37 critiques

Comment en est-on arrivé là ?

"Comment en est-on arrivés là ?" Justement, on ne sait pas et j'aimerais le demander à la réalisatrice et aux scénaristes ! Cette phrase est prononcée par Marie Stuart lors de sa rencontre avec...

le 19 févr. 2019

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3808 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3808 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3808 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019