Si ce n'est quelques moments de grandes envolées dans le pathos (entre Fresnay et Demazis, lors de leur rupture notamment) qui paraissent bien vieillotes et laissent facilement le spectateur essoufflé, de lassitude, le reste est assez surprenant.
Gorgé d'a priori négatifs à l'égard de ces productions pagnolesques, je n'avais que quelques bribes de souvenirs enfantins pour venir me chatouiller le bulbe et surtout attiser ma curiosité à retourner sur la Canebière de 1931. Et accessoirement ma lecture actuelle de la biographie de Powell qui parle bien entendu de Korda réalisateur.
Et de découvrir un film certes un peu longuet, certes un peu ordinaire dans la réalisation avec de nombreux plan-séquences immenses et statiques, mais un film bavard...
Dans le bon sens du terme, c'est à dire donnant l'occasion aux comédiens de faire vivre par le verbe des personnages émouvants, tenaillés par de vraies questions existentielles, éprouvant de vraies douleurs affectives.
C'est notamment sur ce point que j'avais un regard méprisant sur la trilogie. Je préjugeais de la valeur ou de la portée du film, l'agitation prolixe et vaine des personnages, la banalité des émotions et le simplisme de l'histoire.
Si c'est réellement le cas, alors je suis un benêt parce que j'ai été touché par ce qui se joue entre Demazis et Fresnay, touché par les lumières qui brillent dans ses yeux à lui à l'évocation des Iles-sous-levent, par les larmes qui embuent ses yeux à elle, touché par la simplicité du regard et la douceur de la voix de Raimu quand il évoque sa femme, les yeux dans le vague, la voix traînante, caressante.
Marius, je ne sais pas encore pour les deux autres opus, Marius c'est d'abord et avant tout un film d'acteurs, où on joue et on le fait bien. Le trio de tête, Raimu, Fresnay et Demazis excelle, fait merveille. Et c'est déjà tout à mon plaisir.