[Mouchoir #26]


Le noir et blanc cru, tranchant, c’est quelque chose chez Wise. Ça te fend le visage d’un homme en deux, t’illumine celui de la femme que t’aimes et celui de ta mère que t’aimes plus encore. Puis surtout ça te magnifie New York comme tu l’as jamais vue, d’une manière encore différente de West Side Story ou Odds Against Tomorrow. Eh buddy, comment tu fais pour que chaque plan pue la classe comme ça ? Que tes personnages soient aussi marqués par la haine que la lumière ? Qu’ils semblent à la fois complètement perdus et sous le joug d’un destin plus fort qu’eux qui les entraîne jusqu’à la victoire ou le désespoir absolu ? Tu peins toujours une ville dégueulasse, des antagonistes pas loin de ressembler à des ordures, et dans ce merdier, cette crasse, t’arrives encore à les faire resplendir tes champions. Y’a que sur eux que le blanc du lampadaire se pose. Il les extirpe de l’obscurité, des coins sombres, des rues délabrées. Sous les feux de la grande scène, il ne leur reste plus qu’un choix : boxer. Boxer, même s’il faut pour ça en crever.


J’te la donnerai ma vie, à toi là-haut qui me regardes. Y’a que toi qui me comprends de toute façon. Une droite, une gauche, qu’est-ce que ça peut bien me faire ? Ma tête déambule déjà dans les trottoirs de ce quartier depuis que j’ai l’âge d'y déambuler. J’ai goûté à tous les coups qu’un gamin peut encaisser, now is the time to fight back comme dirait l’autre. Ma gueule dans le journal ils la reverront, j’te le promets. Mais ça n’aura rien de disgracieux, oh non, pas cette fois. J’vais leur prouver que les gars comme nous qu’on se plaît à vouloir dompter peuvent rugir sous les coups, et chanter au son des applaudissements. Envoie le moi ton Zale, et sans mauvais jeu de mots, pas de zèle, tu connais mon credo mieux que personne : « Don’t you worry ‘bout a thing. » Balance la musique Robert, j’suis prêt, laisse entrer le fauve et débutons ensemble la dance.


[13/01/18]

Créée

le 13 janv. 2018

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