Animer la science-fiction en France, cela ne s'est jamais trop fait. Ou alors, il faut remonter à loin, du côté des Maîtres du Temps, ou encore de La Planète Sauvage. Ou de manière un poil plus récente, on pourrait se remémorer le premier effort de Christian Volckman : Renaissance.
Il y a donc de quoi se souvenir... Et rêver.
Rêver d'une remise au goût du jour de l'élégance du film noir, et imaginer un duo mixte de privés aspirés dans la tension d'une enquête rocambolesque s'inscrivant dans les pas d'une œuvre comme Chinatown.
Rêver d'un univers original et riche, fin mélange de 2D et de 3D, d'un univers qui semble possible, réel, qui ne se plombe pas en voulant tout expliquer à tout prix de son futurisme ou ses technologies, mais qui semble au contraire couler de source dans une cohérence de chaque instant, comme sa narration trépidante mais qui sait toujours où elle veut conduire son public.
Rêver d'une œuvre dans les références foisonnent mais ne pèsent pas sur le récit, qui mêlerait pas exemple le ludisme d'un Mission : Impossible, les thématiques et l'aura de Blade Runner, l'ombre d'Isaac Asimov, ou encore l'existentialisme désespéré de Ghost in the Shell.
Rêver de résonances d'un futur pas si lointain avec notre temps déjà troublé, comme la description du capitalisme débridé et de certaines de ses figures de proue, de faits sociaux éternels, de notre aliénation à la technologie, de notre isolement, de la solitude, de notre société qui s'aseptise un peu plus chaque jour. Comme si en nous emmenant sur Mars, on continuait pourtant à nous parler de notre Terre.
Rêver de la description d'une humanité qui de plus en plus s'asphyxie, coincée entre sa volonté de briser les barrières mortelles, son désir d'augmentation et de toujours plus simuler le vivant. D'une réflexion au sein de splendides décors manifestant un souci du détail constant, alors même que la direction du film vers une certaine épure qui ravit l'oeil, une élégance de tous les instants.
Imaginer tout simplement être emporté par les ambitions affichées sans jamais être ostentatoires. Etre happé par le divertissement proposé, saisi par l'action adulte mise en images... Et emporté par la richesse du propos et des thématiques du transhumanisme convoquées.
Pour mieux être, en fin de compte, terrassé par cette fin magique où un hologramme ne peut sécher ses larmes et où même les robots pleurent.
Ce rêve, il est devenu réalité.
Il s'agit de la réalité de Mars Express.
Behind_the_Mask, un Mars, et ça repart.