Avec Marty Supreme, la mise en scène de Josh Safdie n'a rien perdu de la fougue qui la caractérisait, lorsque le cinéaste était en duo avec son frère.
Tout comme le brillant Uncut Gems (leur meilleur film à mon sens), Marty Supreme est une œuvre aussi intense que nerveuse. Un film qui agrippe de bout et bout le spectateur grâce à l'élan inarrêtable de ce récit jonché de séquences fortes et parfois immensément surprenantes (la baignoire, oh la la...).
Des séquences qui parviennent à donner de puissants coups de boost à ce film, avant d'entrevoir ne serait-ce que l'ombre d'un essoufflement de rythme. Un essoufflement totalement inexistant. Même le spectateur n'est jamais éreinté, malgré le dynamisme du film. Marty Supreme est rythmé avec une telle fluidité que le spectateur s'y laisse embarqué le plus naturellement du monde, sans aucun sentiment de lassitude.
Se déroule alors devant nos yeux un film à la forme exemplaire. La photo est magnifique, la bande-son est électrisante, le casting est très convainquant... Et tout ça au service d'un récit passionnant, car construit comme une constante échappée vers une quête vide de sens. Marty Mauser ne semble motivé que par une chose : prouver sa valeur aux yeux du monde. Mais pas seulement sa valeur personnelle... Conduit par un égo supérieur à la moyenne, le protagoniste compte, d'une certaine manière, prouver au monde la valeur du peuple juif. Moins de dix ans après la fin de la Shoah, Marty Mauser s'érige lui-même en tant qu'ambassadeur des juifs, se présentant notamment comme le symbole de la défaite d'Hitler... A travers son spectaculaire talent dans son sport, Marty veut incarner une success story juive.
Un projet de vie donc totalement mégalo, mais très rattachable. Sauf qu'en parallèle de cette quête du succès totalement hors-sol, Marty Mauser sera confronté, malgré lui, à un destin qui lui offrira finalement ce qu'il recherche, mais d'une manière qu'il n'avait pas prévu.
Le film s'ouvre sur la conception d'un enfant, et se clôture par la naissance de cet enfant. Naissance qui émouvra le protagoniste jusqu'aux larmes.
Finalement... Quoi de plus fort que la vie pour représenter la défaite d'Hitler ? Quoi de plus fort qu'un nouveau-né au sein d'une famille juive comme symbole de cette défaite ? C'est tout simple, mais la vie en elle-même a beaucoup plus de sens qu'une vaine recherche de succès à l'international.
Et donc... Après une course effrénée de 2h30 où Josh Safdie emporte son personnage et les spectateurs dans une tornade chaotique et frénétique, le cinéaste opère finalement un atterrissage tout en douceur, en nous faisant reposer le pied au sol, face à ce que la vie offre de plus concret.