De base, je n’étais pas plus emballé que ça par Marty Supreme. Film qui attisait ma curiosité ne serait-ce que pour la prestation de Timothée Chalamet et tout le matraquage médiatique qui entourait le tout. Il faut dire que le film est vendu comme un biopic prenant place dans l’univers du ping-pong, et ce n’est clairement pas le genre de proposition qui pouvait pleinement capter mon attention. Quel fut donc ma surprise en découvrant que Marty Supreme n’est pas un biopic. Je savais que le personnage principal était fictionnel – seulement « inspiré » d’un pongiste connu. Mais par là, je veux dire que le titre a tout d’un film biographique, ne serait-ce que dans sa première partie – où l’on présente un personnage démarrant de rien, qui va connaître la gloire en suivant son obsession. Jusqu’à ce qu’il décide de tout chambouler pour emmener son histoire tout à fait ailleurs. Marty Supreme reprend ainsi les codes du biopic pour les envoyer valser, nous contant la médiocrité d’un homme plutôt que sa glorification. Nous présentant un personnage antipathique loin du héros appréciable et excusable que nous avons l’habitude de voir dans ce genre de proposition. À l’instar d’Uncut Gems qu’il a tourné avec son frère Benny, Josh Safdie suit les magouilles d’un personnage imbu de lui-même, prétentieux et irrespectueux. Qui, pour son amour propre, va enchainer les combines et les irresponsabilités afin d’obtenir ce qu’il veut. Le tout en ne se préoccupant que de sa petite personne et non des proches qui l’entourent. En reprenant la verve et l’énergie d’un Scorsese, Safdie livre une déconstruction du rêve américain – qui dit que tout rêve peut être accompli en partant de rien. Ici, le but ne se fait que dans la malhonnêteté, l’immoralité, l’humiliation et tout cela au final pour ne rien gagner si ce n’est gonfler son ego. Et j’ai trouvé cela jouissif ! Ne serait-ce qu’aimer un personnage aussi détestable et de le voir se perdre dans ses magouilles plus grosses les unes que les autres, lui revenant souvent en place face par l’ironie de la situation. Des combines induisant course-poursuite, règlement de compte, fusillade… avec une malice et une acidité dignes d’un épisode de Breaking Bad. Tout est mené tambour battant – même les scènes de ping-pong, que je trouve prenantes à souhait –, sans aucune baisse de régime et par un Chalamet au top de sa forme. Je lui reprocherai une fin un contradictoire, où le héros finit par obtenir ce qu’il désire pour finalement accepter les responsabilités qu’il n’a cessé de fuir jusque-là. Mais je me suis tellement amusé devant Marty Supreme que je suis prêt à fermer les yeux là-dessus.