Quand on se souvient du dernier long-métrage de Josh Safdie, Uncut Gems, alors en collaboration avec son frère Benny, on ne sera pas étonné de la teneur de Marty Supreme. Ne serait-ce que par l’intro du film porté par Adam Sandler qui nous plongeait d’emblée dans une coloscopie, vue de l’intérieure, pour mieux signifier que le diamantaire est un énorme trou du cul. Ici même procédé avec une course de spermatozoïdes fonçant vers un ovule, démontrant sans ambages que la compétition est au cœur de la vie de notre protagoniste.
Mais plus encore que cette entrée en matière en forme d’écho, c’est le chaos qui accompagne les 2h30 de film qui nous rappelle que nous somme bien chez un Safdie. La même énergie ininterrompue et ô combien usante pour le spectateur qui accompagnait déjà Good Time et Uncut Gems. Un marathon outrancier mené tambour battant par des personnages antipathiques qui, je le comprends bien, pourrait lasser son audience.
Et à plusieurs reprises, j’ai moi-même soupiré ou lâché un léger rire désabusé face à cet anarchique enchevêtrement de péripéties librement inspirées d’un Marty Reisman bien réel. Mais pourtant, en tenant jusqu’au bout, je me suis retrouvé réjoui, comme satisfait d’avoir survécu à la déferlante, façon After Hours ou Miracle Mile. Heureux également d’avoir trouvé dans ce jusqu'au boutisme rythmique une énergie singulière, d’avoir enfin vu Timothée Chalamet dans un rôle où il ne fait pas la moue, et de trouver une conclusion qui rachète un minimum la conduite du salaud que l’on m’a forcé à suivre.
Et comme pour Uncut Gem, Safdie parvient à prendre un contexte sportif pour en tirer le portrait d’un homme plus que faillible, mais finalement attachant sous ce vernis répulsif d'apparat. Marty, compétiteur invétéré, petit con hautain et grande gueule irrespectueuse de quoi que ce soit à qui l’on foutrait bien des tartes, n’est finalement qu’un gamin qui cherche une voie autre que celle qu’on lui a désigné, quitte à froisser ceux qu’il rencontre.
Sacrément usant, mais euphorisant.