Marty Supreme
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Marty Supreme

Film de Josh Safdie (2025)

La sociologie est une partie de ping-pong

Les chefs d’œuvres ont la particularité qu'il est impossible de prédire à l'avance qu'ils vont l'être. Et pourtant Marty Supreme avait absolument tous les astres alignés.


Tout d'abord prenons Josh Safdie qui revient après sept ans d'absence et l'immense Uncut Gems dont le seul défaut est d'avoir été sacrifié d'une sortie en salle au profit de Netflix. La chose est désormais corrigée car produit par A24 et distribué en France par Metropolitan, nous avons la chance de le découvrir en salle. Ce n'est pas anodin car le film regorge de surprises, de scènes chocs, haletantes et beaucoup du plaisir du visionnage vient de cette connexion avec les spectateurs. Ensuite, on constate une équipe technique impeccable : Ronald Bronstein à la photographie, collaborateur fidèle des Safdie et co-scénariste, Darius Khondji, très grand monteur et collaborateur de David Fincher, Michel Haneke et James Gray. On retrouve également Jack Fisk, chef décorateur de légende qui a travaillé sur la plupart des films de Terrence Malick mais également Phantom of Paradise, Mulholland Drive et There Will Be Blood, rien que ça ! Et enfin n'oublions pas Daniel Lopatin, compositeur de génie derrière Oneohtrix Point Never, absolument remarquable dans ses thèmes expérimentaux qui donnent au film un cachet unique. Terminons par un casting impeccable composé entre autres des bien connus Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow ou Abel Ferrara mais également de révélations telles que Odessa A'zion ou Tyler The Creator.


On ne va pas révéler les éléments de scénario qui font une grande partie du plaisir du visionnage mais celui-ci se vit à la manière d'un morceau de free-jazz. Le rythme se dilate, accélère, ralenti, mais ne perd jamais de son énergie. C'est foutraque, on multiplie les pistes, en abandonne, avant d'y revenir plus tard, tout s’agence avec une merveilleuse cohérence mais avec suffisamment de mystère pour ne pas sembler linéaire. C'est un film qui nous fait vivre quarante vies en une.


Sur le terrain de la mise en scène on est également très bien lotis. La caméra est toujours placée de manière incongru, avec un effet presque voyeuriste, que l'on retrouve dans le très réussi Smashing Machine, également un film sportif mais de l'autre frère Safdie. Chaque plan est travaillé avec beaucoup de soin, sublimé par le grain de la pellicule. Le montage est terriblement efficace, à la limite de l'anxiogène lors d'une balle de match ou d'une confrontation.


On peut évidemment mentionner les performances. Timothée Chalamet signe enfin son grand rôle de cinéma, prouve qu'il est un acteur complet à la palette d'émotion large et sincère. On apprécie tous les rôles secondaires marqués par leurs caractéristiques et personnalités uniques. A la manière d'un film de Brian De Palma ou d'un jeu Rockstar, chaque rôle même secondaire est travaillé avec précision. On peut penser tout particulièrement à Koto Endo, grand rival de Marty, joué par un vrai pongiste sourd, remarquable dans son rôle mutique.


Marty Supreme est un film qui parle d'ambition, de persévérance mais avant tout du combat que représente la sortie de sa condition sociale. Marty est fauché, pas franchement aimable et très souvent malhonnête. Doté d'un ego surdimensionné, son culot paye lorsqu'il s'agit de séduire la femme d'un riche homme marié mais se plante lamentablement lorsqu'il s'agit de signer un contrat avec ce même mari. C'est un électron libre, impulsif, qui veut tout tout de suite, mais se prend le tapis la minute d'après. Chaque victoire est suivie d'une défaite. Mais cela semble être le miroir d'une société où il vaut mieux rester à sa place et où chaque tentative d'élévation reçoit un revers de raquette, comme lors de ces séquences de smash où il faut courir à l'autre bout de la salle pour renvoyer la balle avant que l'adversaire ne la renvoie encore plus fort et plus loin. La vie de Marty est une partie truquée, le score est déjà connu d'avance.


Finalement, Marty cède à l'humiliation, certes physique d'une fessée mais également personnel par une défaite arrangée. Par fureur il sauve son honneur en rejouant et gagnant, mais c'est vain. Cet ultime match n'a aucune conséquence à part sa satisfaction personnelle et son refus de se soumettre une fois de plus. Il revient à la réalité, transformé et prêt à enfin assumer les conséquences de ses actes. Et dans un plan final à pleurer observe son futur, prêt à vivre pour les autres et non plus pour lui-même.


Il me semble que l'on est face à du grand cinéma lorsque l'on sort et que l'on n'a plus envie de retourner au cinéma. Et c'est bien le cas avec Marty Supreme car on aura du mal à retrouver ce plaisir de visionnage avant bien longtemps. On en sort heureux, apaisé, avec beaucoup d'images en tête et une folle envie de vivre.

Encom
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le 4 févr. 2026

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