Marty Supreme
7
Marty Supreme

Film de Josh Safdie (2025)

« À l’étranger, ce sport fait salle comble et ce sera bientôt le cas ici »

C’est même pas un sport

Évocation de la vie de Marty Reisman, pongiste américain.


Fastes d’une épopée pongistique

Ô surprise exquise ! Voici que Marty Supreme élève le tennis de table — divertissement que d’aucuns jugeraient d’apparence peu exaltante — au rang d’épopée fiévreuse et somptuaire. Ce n’est point le sport, en vérité, qui aimante ici l’âme du spectateur, mais la transfiguration cinématographique dont il fait l’objet : ces balles qui vont, qui viennent, qui rebondissent, pareilles à des astres minuscules en orbite frénétique, deviennent les comètes d’un ballet belliqueux. Sous l’œil inspiré de John Safdie, chaque échange s’apparente à un pugilat stylisé ; l’objectif, nerveux et fulgurant, serre les visages, traque les perles de sueur, épouse la pulsation des poignets comme s’il s’agissait de crochets et d’horions. Là où tant de films sportifs s’abîment dans des plans larges, descriptifs et convenus, le réalisateur préfère l’étreinte rapprochée, l’asphyxie délicieuse, la conflagration des regards.


Une dramaturgie torrentielle et fastueuse

La durée, conséquente sans doute, pourrait effaroucher les esprits pusillanimes ; mais que l’on se rassure : je ne m’y suis point ennuyé l’ombre d’un instant. L’œuvre progresse avec une impétuosité cataclysmique, une fougue dionysiaque, qui ne laisse aucun répit à l’attention. Chaque partie devient une joute homérique, chaque silence une expectative électrique, chaque rebond une péripétie. L’on sort de la salle comme d’un tourbillon, étourdi et ravi, le cœur battant à rompre la poitrine.

La bande-son, joyeusement anachronique, ajoute à cette ivresse une coloration délicieusement paradoxale : des sonorités inattendues et iconoclastes, viennent ourler les images d’un éclat fantasque. Ce contraste, loin d’engendrer la discordance, attise au contraire la théâtralité de l’ensemble et insuffle à l’action une vitalité primesautière.


L’apothéose d’un comédien

Mais l’astre cardinal de cette fresque demeure sans conteste Timothée Chalamet. Dans ce rôle, qui constitue à mes yeux le sommet de sa carrière, il incarne un véritable sociopathe du tennis de table : arrogant, égoïste, d’une superbe méphitique. Quelle rupture éclatante avec ses interprétations antérieures de jeunes hommes rêveurs ou mélancoliques ! Ici, plus de fragilité diaphane ni de pudeur éplorée ; mais une volonté d’airain, une morgue flamboyante, un regard incendiaire qui consume tout sur son passage.

L’acteur compose un personnage d’une noirceur fascinante, dont chaque sourire est une estocade, sa taciturnité une menace larvée. Il atteint à une intensité rarissime, à une virtuosité histrionique qui force l’admiration la plus dithyrambique. Il n’est point téméraire d’affirmer qu’il se présente comme le grand favori pour l’Oscar du Meilleur Acteur, tant sa prestation surclasse les standards ordinaires de l’art dramatique.


Conclusion : le triomphe de l’inattendu

Bref, s’impose-t-il comme une œuvre d’exception, démontrant avec éclat que le tennis de table, sous des dehors modestes, recèle un potentiel visuel et dramatique insoupçonné. Les balles y deviennent projectiles tragiques, les tables des arènes, et les joueurs des gladiateurs modernes. Rarement aura-t-on vu discipline plus humble accéder à pareille magnificence cinématographique.


Trilaw
9
Écrit par

Créée

le 19 févr. 2026

Critique lue 40 fois

Trilaw

Écrit par

Critique lue 40 fois

3

D'autres avis sur Marty Supreme

Marty Supreme

Marty Supreme

7

Major-Tom

27 critiques

Chercher à tout prix à façonner un classique

Dans l’histoire récente, je ne me rappelle pas avoir vu un film indépendant recevoir autant de hype que Marty Supreme en cette fin d’année 2025. Alors oui, il y avait Moonlight et les deux très bons...

le 31 déc. 2025

Marty Supreme

Marty Supreme

5

Sergent_Pepper

3175 critiques

Cheat smell of success

Les Safdie ont toujours adoré les ordures : des toxicomanes (Mad Love in New York) aux petites frappes (Good Times) en passant par les joueurs invétérés (Uncut Gems), la galerie de leurs personnages...

le 18 févr. 2026

Marty Supreme

Marty Supreme

5

Moizi

2567 critiques

Un verre d'eau tiède

J'aurais aimé détester, j'aurais adoré m'emmerder comme un rat mort devant ce truc de 2h30 qui sert uniquement à ce que Chalamet décroche un Oscar... D'ailleurs on ne parle que de ça sur le film,...

le 14 févr. 2026

Du même critique

Simone - Le voyage du siècle

Simone - Le voyage du siècle

9

Trilaw

1918 critiques

« Bientôt s’éteindra cette génération qui ne devait pas survivre »

Le film est farouchement et profondément féministe mais quoi de plus normal pour un métrage dédié à une femme extraordinaire qui a permis que l’un des droits les plus élémentaires pour elles, même si...

le 24 nov. 2022

Avatar - La Voie de l'eau

Avatar - La Voie de l'eau

5

Trilaw

1918 critiques

« On ne congèle pas les bébés »

Treize ans de longues années d’attente patiente pour un résultat aussi famélique. Commençons par la fameuse 3D, je me souviens d’un temps où les lunettes 3D étaient devenues un outil indispensable...

le 16 déc. 2022

Daaaaaalí !

Daaaaaalí !

5

Trilaw

1918 critiques

« Il pleut des chiens morts »

Une journaliste doit réaliser une entrevue avec Salvador Dali.Qui était assez surréaliste à l’instar de l’art du peintre pour réaliser un métrage sur le maître, si ce n’est Quentin Dupieux qu’on...

le 7 févr. 2024