C’est même pas un sport
Évocation de la vie de Marty Reisman, pongiste américain.
Fastes d’une épopée pongistique
Ô surprise exquise ! Voici que Marty Supreme élève le tennis de table — divertissement que d’aucuns jugeraient d’apparence peu exaltante — au rang d’épopée fiévreuse et somptuaire. Ce n’est point le sport, en vérité, qui aimante ici l’âme du spectateur, mais la transfiguration cinématographique dont il fait l’objet : ces balles qui vont, qui viennent, qui rebondissent, pareilles à des astres minuscules en orbite frénétique, deviennent les comètes d’un ballet belliqueux. Sous l’œil inspiré de John Safdie, chaque échange s’apparente à un pugilat stylisé ; l’objectif, nerveux et fulgurant, serre les visages, traque les perles de sueur, épouse la pulsation des poignets comme s’il s’agissait de crochets et d’horions. Là où tant de films sportifs s’abîment dans des plans larges, descriptifs et convenus, le réalisateur préfère l’étreinte rapprochée, l’asphyxie délicieuse, la conflagration des regards.
Une dramaturgie torrentielle et fastueuse
La durée, conséquente sans doute, pourrait effaroucher les esprits pusillanimes ; mais que l’on se rassure : je ne m’y suis point ennuyé l’ombre d’un instant. L’œuvre progresse avec une impétuosité cataclysmique, une fougue dionysiaque, qui ne laisse aucun répit à l’attention. Chaque partie devient une joute homérique, chaque silence une expectative électrique, chaque rebond une péripétie. L’on sort de la salle comme d’un tourbillon, étourdi et ravi, le cœur battant à rompre la poitrine.
La bande-son, joyeusement anachronique, ajoute à cette ivresse une coloration délicieusement paradoxale : des sonorités inattendues et iconoclastes, viennent ourler les images d’un éclat fantasque. Ce contraste, loin d’engendrer la discordance, attise au contraire la théâtralité de l’ensemble et insuffle à l’action une vitalité primesautière.
L’apothéose d’un comédien
Mais l’astre cardinal de cette fresque demeure sans conteste Timothée Chalamet. Dans ce rôle, qui constitue à mes yeux le sommet de sa carrière, il incarne un véritable sociopathe du tennis de table : arrogant, égoïste, d’une superbe méphitique. Quelle rupture éclatante avec ses interprétations antérieures de jeunes hommes rêveurs ou mélancoliques ! Ici, plus de fragilité diaphane ni de pudeur éplorée ; mais une volonté d’airain, une morgue flamboyante, un regard incendiaire qui consume tout sur son passage.
L’acteur compose un personnage d’une noirceur fascinante, dont chaque sourire est une estocade, sa taciturnité une menace larvée. Il atteint à une intensité rarissime, à une virtuosité histrionique qui force l’admiration la plus dithyrambique. Il n’est point téméraire d’affirmer qu’il se présente comme le grand favori pour l’Oscar du Meilleur Acteur, tant sa prestation surclasse les standards ordinaires de l’art dramatique.
Conclusion : le triomphe de l’inattendu
Bref, s’impose-t-il comme une œuvre d’exception, démontrant avec éclat que le tennis de table, sous des dehors modestes, recèle un potentiel visuel et dramatique insoupçonné. Les balles y deviennent projectiles tragiques, les tables des arènes, et les joueurs des gladiateurs modernes. Rarement aura-t-on vu discipline plus humble accéder à pareille magnificence cinématographique.