La séparation des frères Safdie offre en quelques mois une leçon de cinéma en miroir, cruelle et éloquente. Tandis que Benny, avec The Smashing Machine, s'échine à essayer de construire un récit dramatique avec peu de réelle substance, Josh montre que c'était peut-être sur lui que reposait le plus les qualités d'un Uncunt Gems.
Dans Marty Supreme, on retrouve le même modèle d'un personnage pris au milieu d'un tourbillon vertigineux. Sauf que là où on pouvait rester de marbre face aux déboires d'un Adam Sandler pourtant excellent, le Marty Mauser incarné par Timothy Chalamet invite à plus d'affect. Tantôt génial looser, tantôt cancre égoïste, c'est la force du film d'impliquer le spectateur de manière à ce qu'il ne sache jamais s'il doit haïr ou adorer son protagoniste.
On est loin du demi-film qu'est The Smashing Machine, dont les personnages lisses aux problèmes triviaux ne menaient à aucun climax. Ici, pas de désespoir gratuit, au point que certains regretteront un dénouement sans conséquence. Pourrait-on y voir du cynisme ? Peut-être, d'autant que Marty n'est pas sans offrir sa version du rêve américain.
Tout n'est pas parfait chez Marty : on peut par exemple lui reprocher son schéma narratif convenu, mais pas ses personnages hauts en couleurs qui ne sont pas sans rappeler ceux d'un film des frères Cohen. Pour ceux qui espérait y voir un thriller ou un film sportif, ce sera une déception. Pour moi, Marty Supreme a tapé en plein dans le mille.