Marty marche vite. Enfin, quand il ne court pas ou n'est pas dans une belle américaine des années 1950 (une voiture, pas une femme, quand bien même, ça lui arrive aussi). C'est qu'à même pas 25 ans, il n'a pas le temps d'attendre la gloire. C'est à lui d'aller la chercher, lui, l'avenant vendeur de chaussures dans le magasin de son oncle. Et de façon bien iconoclaste : en jouant au ping-pong. Enfin, pardon au tennis de table. Car, Marty (Mauser dans le film, Reisman dans la vraie vie) est un authentique champion. Meilleur joueur des États-Unis, il prouve qu'il fait partie des meilleurs mondiaux au British Open. Il s'y trouvera un rival (le Japonais Endo, inspiré de Koto Kawaguchi, champion du monde 1952) à la raquette et au style particuliers.
Mais ses vrais rivaux seront dans la rue ou les beaux quartiers. Un vieux malfrat juif, incarné par un terrifiant Abel Ferrara. Un homme d'affaires retors et sadique (joué par l'entrepreneur Kevin O'Leary devenu personnalité de la télévision). Zigzaguant entre ses ennemis, Marty fait avec les femmes, des allers-retours. La jeune Rachel (Odessa A'Zion) qu'il a mise enceinte et la guindée Kay (épouse de l'homme d'affaires) qu'il cherchera à utiliser pour financer son chemin vers la gloire.
Une gloire pour laquelle il devra choisir avec son honneur lors d'un dernier match palpitant et plus sympa à regarder que n'importe quelle rencontre des frères Lebrun (contrairement à ce qu'a dit un auditeur de France Inter dans Le Masque et la Plume). D'ailleurs en parlant des Lebrun, le plus jeune, Félix, a refusé de tenir un petit rôle dans le film (celui d'un joueur de tennis de table, surprise, français, j'imagine) pour ne pas contrecarrer son programme sportif. Plutôt fructueux quand on voit qu'il a remporté le WTT Champions de Chongqing mais qui décrit assez bien le personnage : peu passionnant. Le peu de relief du joueur français contraste évidemment avec la prestation de Timothée Chalamet. Notre supporter des Verts transnational participe grandement à l'élan de vie du personnage, pour qui, les emmerdes, comme le disait Chirac, volent en escadrille.
Comme dans Un parfait inconnu, le biopic de Bob Dylan il y a un an, où il était plus en retenue, le Franco-Américain est excellent. Sa prestation méritait un Oscar. Dommage. Il reviendra. Comme Josh Safdie, réalisateur qui a bien rendu l'énergie ou plutôt la folie du New Yord d'antan, dont on va guetter le prochain projet.