Ce film nous transporte dans le milieu du XXe siècle, avec des costumes bien travaillés, le raffinage était encore au goût du jour. Les voitures laissent des nuages noirs derrière elles, les boutiques que l'on appellerait aujourd'hui vintage, et des appartements colorés remplis d'objets riches d'histoire.
Les musiques sont assez diversifiées, on a le droit à un contraste avec des musiques assez récentes, mais aussi à des musiques de l'époque pour renforcer l'immersion. Ce panel va à merveille avec le choix du réalisateur, qui est de faire un film dynamique, où les scènes, les intrigues et le grotesque s'enchaînent sans laisser respirer le spectateur. On passe d'une scène où un juif remplit son corps de miel, dans un camp de concentration, à une baignoire qui passe à travers le plancher...
Ce dynamisme n'est rien sans le perso de Marty Mauser, parfaitement accordé à cette course effrénée pour le divertissement du spectateur. Il est certes détestable, mais à la fois on veut qu'il atteigne son objectif, et il en devient même attachant. Sa détermination sans faille, quitte à tout perdre alors qu'il a tout pour lui (femme enceinte, popularité, beauté, pongiste pro). Sa priorité numéro un est de prendre sa revanche au championnat du monde. Il possède une confiance inébranlable, jusqu'à même oublier de s'entraîner. Il en devient ivre, causant en partie sa perte. Mais c'est ça qui fait la beauté du personnage, joué par Timothée Chalamet. Il est essentiel de faire référence à son jeu d'acteurs, qui a frôlé l'Oscar. Il s'est préparé pour celui-ci plusieurs années. Le fruit de son travail est remarquable. Timothée a la capacité de montrer un jeu complètement différent à chaque film. Dans Marty Supreme sa vue est altérée par des lentilles pendant le tournage, sa démarche est donc naturellement incertaine et pourtant remplie de confiance et de contrôle dans ses convictions. C'est seulement à la fin qu'il relâche tout, en pleurant un bon coup devant son nouveau-né.
Les autres personnages gravitant autour de Marty sont là pour l'embellir ou le dégrader. J'ai bien aimé Rachel, soumise par amour à son prince charmant. Elle pleure quand Marty pleure, elle est heureuse quand Marty est heureux, et elle subit les conséquences des rêves de grandeur de Marty. Mais elle est amoureuse. De haut de mes 17 ans, moi qui n'ai jamais connu l'amour, je fantasme de cette situation d'amour profond (sans le manque de respect bien sûr). Au passage, Odessa A'zion (Rachel), est magnifique. Je suis charmé par cette beauté et par ses défauts.
L'engouement, avant de voir ce film, est en partie grâce à la promo colossale que Timothée Chalamet a conduit avec tout un tas d'événements originaux.