Officiant désormais en solo, Josh Safdie trace avec Marty Supreme le sillon déjà bien entamé d'un style qu'il avait pu déjà entreprendre avec son frère. C'est que celui-ci est déjà bien rôdé à dépeindre des portraits de salopards dont la malchance est proportionnellement inverse à leur gentillesse.
Marty Mauser, protagoniste principal de cette fresque a un rêve, devenir le meilleur pongiste du monde. Chalamet campe ainsi un personnage ultra-ambitieux dont l'arrogance et l'estime de soi le rende à même de sacrifier et écraser tout ce qui l'entoure ou se dresse sur sa route. Ses actions et son attitude sont moralement condamnables et il incarne par excellence l'anti-héros, cette figure du "nouvel Hollywood", celle qui vole, manipule, triche et ment délibérément.
La frénésie avec laquelle Marty enchaînes ses bassesses, conjointement à cette immaturité juvénile (sa peau encore acnéique) et cet aveuglement que lui inspire la volonté inébranlable de réussir peignent le film d'une teinte "coming of age" intéressante dont Safdie souhaite pointer les failles et désillusions d'un rêve américain qui aurait un peu trop intoxiquer la tête d'un gamin talentueux mais malchanceux.
Dès lors, le film s'attelle à suivre une inquiétante cavale dans un New-York poisseux et admirablement éclairé en empruntant les détours de la fresque scorsesienne. On retrouve ici la verve toute Safdienne de la fuite anxiogène et irrespirable où l'imprédictibilité fait loi, où la galerie de personnages rencontrées étonnent et détonnent. La nécessité des choix douteux que Marty prend tout au long du récit, motivés par la contrainte de situations inextricables auquel il se retrouve confronté, projette une ambiguité sur l'empathie que l'on peut témoigner à l'égard de celui-ci. Son désir de réussite est certes sincère mais son attitude toujours plus immature, le rende pour la plupart du temps hautement antipathique. C'est là à mon sens où le film aurait pu affiner son propos, en particulier sur sa vision du culte de la réussite, particulièrement au vu de la manière dont se dénoue l'intrigue.
Si Marty Supreme s'apparente de prime abord à un biopic sportif, les affres de ces deux genres sont vite évacuées. Ici, nulle lourdeur sur le passé d'un personnage et point d'emphase sur la technique ou les enjeux d'un match de ping-pong. Les scènes de matchs, jouissives et génialement mis en scène, sont finalement bien secondaires et la vie de notre protagoniste ne nous saura présenté que dans une période très restreinte de sa vie. C'est bien que là n'est pas l'enjeu, et c'est à mettre au crédit de la singularité du projet de Safdie.
Dans un paysage Hollywoodien parfois parsemé de productions fades et surfant sur la mode du biopic, Marty Supreme fait le pari louable de la noirceur.