Il devient exténuant de voir des films comme Marvin sortir encore de nos jours. Une enième prise de conscience qui tente le carte du portrait pour nous faire passer les figures habituelles du genre, avec quelques subtilités pour tout de même faire illusion. On sent tellement la volonté de faire quelque chose de "réel" que chaque situation devient lourde, insistante, à peser sur des détails qui en deviennent lourds de sens. On a alors la sensation non pas d'être dans une oeuvre documentaire, mais dans une immersion télé à sensation, avec les exagérations qui vont avec. A ce titre, la scène des frites vaut son pesant de cacahouètes, le zoo de la province nous étant offert sur un plateau.
La belle éducation veut marquer une intégration de l'homosexualité et la mettre au coeur du développement de Marvin, mais l'homosexualité n'est toujours vue que comme la seule et unique forme d'accomplissement pour Marvin. En se calant sur cette voie, le film réussit surtout à valider un cliché : le théâtre est un truc d'homo (voir l'ahurissant ballet d'exposition que regarde Marvin, qui consiste en une succession ininterrompue de scènes sexuelles homo, où l'art est totalement oublié au profit du fantasme intello). Le reste du programme n'offre finalement pas beaucoup de relief, quelques idées intéressantes (vouloir faire primer l'art sur le piston) qui restent dans le fond et offrent finalement un parcours lambda malgré le prestige des contacts (Isabelle Huppert, dont le jeu dans sa séquence théâtre flirte avec la caricature), dans un film à la capacité émotionnelle trop calculée pour être payante. Il n'est pas poli de se moquer d'une oeuvre, mais Marvin tend trop souvent la perche pour résister à la tentation. A vouloir rester dans le réalisme tout en parlant de théâtre, le film finit lui même par devenir un genre de théâtre du réel, exagéré et sans ambiguïté malgré les nuances qu'il veut souligner.

Voracinéphile
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le 7 avr. 2018

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