Autant commencer par dire que je tiens Iciar Bollain pour une grande. De Te doy mis ojos a También la lluvia, je n'ai jamais rien eu à redire sur sa réalisation, et encore moins sur le propos de ses histoires à hauteur d'être humain. C'est comme ça, je comprends ce que cette femme raconte. Ça n'est pas si fréquent, c'est question de longueur d'ondes, je présume. Avec ce petit film discret, elle s'empare du destin de trois femmes dont le premier point commun évident est de travailler dans une agence de détectives privés, dirigée par un homme. Ça a son importance, puisqu'il incarne à lui seul tout ce que le monde du travail peut avoir de bêtement viriliste, l'acceptation tacite d'une certaine forme de violence psychologique qui mène le monde à sa perte. D'ailleurs, la plupart des clients de l'agence sont des hommes, qui semblent trouver naturel de recourir à des procédés intrusifs et discutables pour s'emparer d'informations qui pourront leur être utiles, toujours au détriment de quelqu'un d'autre. Vous me direz, dans le cas d'une femme adultère, il est plus difficile de défendre la liberté de l'intéressée, mais quand même, et la détective chargée de l'affaire le dit : il serait moins coûteux et plus simple d'établir un dialogue plutôt que de recourir à des services extérieurs aux méthodes discutables. Mais il est bien question de responsabilité personnelle : en se cachant derrière un service professionnel, on se dispense d'avoir à régler seul des situations épineuses et on fait valider, d'une certaine façon, son rôle de victime qui cherche des témoins aux mauvais traitements infligés par les autres. L'astuce, dans cette histoire, c'est de mettre en perspective les enquêtes des héroïnes et leurs difficultés personnelles : vie conjugale en berne, secret d'un conjoint éventé par hasard et scrupules à nuire à un sujet dont on comprend trop bien le point de vue. Voilà donc le potentiel côté policier de l'histoire complètement miné par les dilemmes intimes des protagonistes. N'attendez pas de leurs enquêtes des rebondissements spectaculaires, non, car l'histoire véritable se situe à l'intérieur de chacune d'entre elle, dans l'évolution que chaque cas produit dans leur psyché. Et c'est passionnant tout en restant résolument banal. Iciar Bollain est la cinéaste de Monsieur et Madame Toutlemonde, et c'est ce qui fait de chacun de ses films une expérience intime irremplaçable. Son observation fine de nos contemporains nous ouvre les portes d'autres existences, comme le fait l'excellente littérature. A chaque film, elle trouve les interprètes idéaux pour incarner ces gens discrets voire habituellement invisibles confrontés à des choix cruciaux. Ici, les acteurs sont tous absolument remarquables et leur jeu, bien dirigé, est d'une subtilité rare. Bref, rien de spectaculaire, mais un grand moment de cinéma, en compagnie d'artistes impressionnants, dans des genres très différents. Ça ne se refuse pas.

Créée

le 11 sept. 2025

Critique lue 232 fois

Mataharis

Mataharis

8

Selenie

le 3 févr. 2026

Suivre

Critique de Mataharis par Selenie

Dès le générique le style nous impose un coté docu-fiction, un grain appuyé, un visuel très urbain, caméra toujours en mouvement et un tournage "sauvage" ; les scènes sur le voie publique sont...

Mataharis

Mataharis

8

rere15

le 5 janv. 2026

Suivre

Quand Hari rencontre Mata

C’est un film politique avec des travailleurs qui sont menacés de perdre leur emploi et des syndicalistes pour défendre leurs droits comme dans les films de Stéphane Brizé mais c’est aussi un film...

Mataharis

Mataharis

7

Nataba

le 22 déc. 2025

Suivre

Dans mes chouchous !

Beau portrait de trois femmes dans la société espagnole.Les actrices sont excellentes.

Watchmen

Watchmen

5

ChristineDeschamps

le 18 déc. 2019

Suivre

Critique de Watchmen par Christine Deschamps

Il va vraiment falloir que je relise le somptueux roman graphique anglais pour aller exhumer à la pince à épiler les références étalées dans ce gloubiboulga pas toujours très digeste, qui recèle...

Chernobyl

Chernobyl

9

ChristineDeschamps

le 9 sept. 2019

Suivre

Critique de Chernobyl par Christine Deschamps

Je ne peux guère prétendre y entendre quoi que ce soit à la fission nucléaire et, comme pas mal de gens, je présume, je suis bien contente d'avoir de l'électricité en quantité tout en étant...

Tuer l'indien dans le cœur de l'enfant

Tuer l'indien dans le cœur de l'enfant

8

ChristineDeschamps

le 16 avr. 2021

Suivre

Critique de Tuer l'indien dans le cœur de l'enfant par Christine Deschamps

Civilisation : "État de développement économique, social, politique, culturel auquel sont parvenues certaines sociétés et qui est considéré comme un idéal à atteindre par les autres." Cela ne...