Materialists
5.6
Materialists

Film de Celine Song (2025)

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Finalement, les cinéphiles ont moins de mémoire qu’on leur en accorde généralement : après s’être ébahis devant Past Lives, un film qui s’est retrouvé dans beaucoup de Tops de l’année 2023, ils ont totalement ignoré Materialists, le second long-métrage de Celine Song, jeune réalisatrice d’origine sud-coréenne… Le film est sorti en France dans l’indifférence générale, en dépit de la présence au générique d’acteurs comme Pedro Pascal (!), et dans une moindre mesure, Chris Evans. Du coup, on pouvait craindre une grosse déception, après les torrents d’émotion de Past Lives, or, il n’en est rien (même si, reconnaissons-le, on ne vole pas à la même hauteur…). Explications.

Lucy, l’héroïne de Materialists (Dakota Johnson, dont la réputation en France a indiscutablement été plombée par son rôle dans Fifty Shades of Grey, le genre de choses dont il est difficile de se remettre) est une « matchmarker », c’est-à-dire qu’elle travaille dans la version contemporaine (cases à cocher et algorithmes) d’une prestigieuse agence matrimoniale new-yorkaise. Pragmatique et rationnelle, elle croit avant tout que le mariage idéal est le résultat de l’alignement des partenaires sur des critères parfaitement objectifs, et donc mesurables. Sa vie amoureuse est inexistante depuis qu’elle a rompu avec son ex (Chris Evans, qui ne brille guère une fois qu’il a quitté son costume de super-héros), mais sa vie professionnelle est un succès. Jusqu’à ce qu’elle rencontre la « licorne » (entendez l’homme parfait, un Pedro Pascal toute séduction en avant, et ultra-riche qui plus est), mais également jusqu’à ce qu’un drame imprévu la fasse douter de ses capacités, voire de sa sensibilité en tant que « marieuse ».

Le parcours de Lucy, dans ce qui est est a priori une comédie romantique des plus classiques, et même ce qu’on appelait jadis « comédie de remariage », n’est guère surprenant, et c’est peut-être là ce qui fait que le bouche à oreille n’a pas porté Materialists vers la reconnaissance publique ou critique qu’il mérite aussi largement que bien d’autres films sortis en même temps. Mais l’intérêt de Materialists ne réside pas dans les surprises éventuelles de son scénario – encore qu’il en réserve quand même plusieurs -, ni dans les nombreuses discussions quelque peu théoriques sur les mérites de « l’amour » et de « la raison » (entendez par là, le « business » puisqu’on est aux USA), ni même dans sa réflexion, qui est loin d’être bête, sur la « valeur » que chacun a, et qu’il peut « vendre » pour convaincre un éventuel partenaire…

Non, comme dans Past Lives, c’est bien plutôt la « torsion » que Celine Song opère sur son matériau romantique qui surprend, voire sidère. Car si Materialists peut nous mettre la larme à l’œil, à nous qui ne sommes que des cœurs d’artichaud, il devient réellement intéressant quand il plonge, dans sa seconde partie, dans les affres de la dépression, quand il frôle le nihilisme absolu en « jetant le bébé avec l’eau du bain », dans le registre « ni l’amour ni la raison ne fonctionnent, et tous ces mariages – sans exception – ne peuvent finit que terriblement MAL ». Là, le film nous écorche réellement, nous secoue par rapport à nos attentes vis à vis du genre de la rom com. Et même le happy end, presque indécent en fait, ne rattrape pas le sentiment de désastre inarrêtable qu’est n’importe quelle vie amoureuse, que distille Materialists.

Et Celine Song, d’une manière certes naïve, mais finalement politique, dans son introduction et sa conclusion – assez surréalistes ! – nous ramenant aux origines de l’humanité, pointe cette drôle d’évidence : l’Amour ne saurait résister à la violence du capitalisme, de la marchandisation des être humains. Et ça, ce n’est pas rien !

PS : les mélomanes noteront, comme dans Past Lives, le bon goût musical de Celine Song puisque, sur l’une des scènes clés du film, c’est Oh! Sweet Nuthin’ du Velvet Underground qui accompagne en fond sonore, quasiment en intégralité, les états d’âme des personnages.

Eric-Jubilado
7
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le 10 juil. 2025

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Eric-Jubilado

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