Le deuxième film de Céline Song résout avec son titre une confusion de la langue. Être matérialiste au sens « superficiel » implique inévitablement de frayer avec les conditions matérielles de production de la société capitaliste. Lucy (Dakota Johnson) compte tenu de son activité d’entremetteuse de luxe l’a entièrement intégré, toute relation est pour elle une transaction à décoder, dans laquelle l’amour, s’il doit être sur la table, n’est pas central. Pourtant c’est en rencontrant un personnage de rom-com factice et cliché, son vieil amour, John (Chris Evans), qu’elle redécouvrira la matérialité des sentiments, au moment où justement une « licorne » un homme beau et salement riche, Harry (Pedro Pascal) lui fait la cour. Une appréhension des sentiments amoureux qui oblige Song a s’émanciper du réel, assumé par les deux bornes qu’elle place en ouverture et fermeture de film, montrant, en dehors de toute réalité historique et ethnographique, le premier mariage entre deux Homo Erectus.
L’entreprise sera alors par dialectique de décider si l’amour existe bel et bien ou s’il n’est que chimère économique. Le duel est féroce et les échanges verbaux jouissifs. En synthétisant toute la logique néolibérale au marché de l’amour, le film arrive à être tout autant drôle et caustique sur la façon dont la vision capitaliste des choses absorbe. Comme dit Sandra Lucbert, « la machine machine l’ordre social », elle est partout. Mais de son postulat que le premier mariage de la race humaine soit né de l’amour et de son envie de malgré tout rester sur les traces de la rom-com traditionnel Song tend son propre piège duquel elle n’arrivera pas à sortir. La dialectique ne peut aboutir, car celle-ci obligerait à remettre en cause les fondements mêmes de l’hétéropatriarcat. Elle se retrouve alors engoncée dans une dernière partie à retomber sur les rails d’un scénario cousu de fil blanc et beaucoup moins intéressant.
(Et ce sans compter le traitement cata^ d’une agression sexuelle en milieu de film dans lequel elle se prend les pieds en insinuant que les hommes de valeur (entendez dans la diégèse du film : grand, riche, beau) ne pourraient être des agresseurs….)