Avec Materialists, Celine Song explore une autre facette de l’amour contemporain. Elle s’éloigne des murmures pour investir un univers plus visible, celui des relations organisées, presque optimisées. Son regard se pose sur celui de la comédie romantique moderne, faite d’intérieurs impeccables, de restaurants chics et de relations soigneusement pensées.
Le film se savoure avec douceur, comme un verre de vin blanc en fin de soirée : léger, élégant, apaisant. Dès les premières scènes, l’amour s’y présente comme une équation à résoudre : critères précis, compatibilités calculées, attentes clairement définies. Un monde où l’on choisit avec la tête, plus qu’avec le cœur. Et c’est précisément là que le film commence à dire quelque chose.
À travers le métier de son héroïne, Celine Song esquisse alors un contraste délicat : entre l’amour que l’on rationalise et celui qui demande du temps, des conversations, de la patience et une vraie ouverture à l’autre. Materialists ne juge pas, il observe, et laisse peu à peu affleurer l’idée que le vrai sentiment ne se coche pas sur une liste.
Même si l’on n’aurait pas forcément misé sur une telle association, le trio trouve une justesse étonnante. Dakota Johnson impose ce glamour feutré et ce charme légèrement distant qui la caractérisent si bien. Elle incarne une femme moderne, persuadée de maîtriser ses choix, tout en sentant, en filigrane, qu’il lui manque quelque chose d’essentiel.
Face à elle, Pedro Pascal s’affirme comme une figure masculine contemporaine apaisée. Son jeu, tout en retenue, dégage une classe naturelle, presque instinctive : regard posé, présence rassurante, séduction sans démonstration.
Chris Evans, enfin, surprend par sa sobriété. Loin des rôles physiques qui l’ont rendu iconique, il laisse apparaître une fragilité discrète, un trouble sincère. Une performance plus intérieure, qui rappelle qu’il sait aussi toucher sans en faire trop.
Le film avance avec une intelligence tranquille. Il présente d’abord l’amour comme un produit à façonner (mesuré, optimisé, sécurisé,…) pour mieux questionner ce que cette logique révèle de nos relations. Nos attentes, nos peurs, cette tendance à confondre romantisme et confort émotionnel. Materialists aborde ces thèmes avec une douceur presque trompeuse, laissant apparaître peu à peu les failles derrière les certitudes, et rappelant que le sentiment véritable naît souvent du doute, du manque et d’une touche d’imprévisible.
Quelques longueurs se font parfois sentir, comme si le film hésitait à choisir entre regard social et émotion plus intime. Mais ces instants suspendus ne déséquilibrent jamais l’ensemble, ils participent au contraire à cette impression de flottement, à ce rythme volontairement posé qui laisse le temps de s’installer.
La musique accompagne le récit avec une grande délicatesse, sans jamais souligner l’émotion de manière appuyée. New York s’impose comme un décor élégant, maîtrisé, presque trop parfait, reflet discret des personnages qui l’habitent. Et les dialogues, simples et soignés, offrent de jolis moments de sincérité, parfois désarmants.
Certains regretteront une passion moins brûlante, une émotion plus contenue que dans une comédie romantique classique. D’autres pourront être surpris par ce glissement vers une mélancolie plus réflexive. Des réserves compréhensibles, qui font pourtant partie intégrante de l’identité du film, il ne cherche pas l’effet immédiat mais préfère laisser une impression plus durable.
Materialists invite à ralentir le regard que l’on pose sur l’amour. À accepter l’idée qu’un lien imparfait, traversé de silences et de doutes, puisse être plus vivant qu’une relation parfaitement pensée. Le film rappelle, avec une douceur tranquille, que ressentir demande du temps, de la patience, et cette disponibilité fragile que rien ne peut vraiment garantir.
C’est une œuvre qui se savoure lentement, sans précipitation. Une romance contemporaine élégante et nuancée, à l’image de ce verre de vin blanc que l’on déguste au coin du feu : tout en douceur, sans éclat inutile, touchante par la simplicité d’un moment finalement très agréable.