Il n'y a pas de déception plus forte que celle éprouvée lorsqu'un film laisse espérer, pendant les deux tiers de son scénario la possibilité d'un récit lucide, cynique et intelligemment critique vis-à-vis de la sociologie du couple hétérosexuel qui se concrétise dans le mariage. Le mariage est un "contrat social" qui vise à assurer le confort matériel des parties contractantes sur la base très objectives de critères économiques, sociologiques, physiques et psychologiques. Des maths, nous dit le personnage principal. Bien que dénuée de tout romantisme, cette perspective avait pour honnêteté de mettre en crise le mensonge hétéro-bourgeois.
[attention SPOILER... et oh la la quel spoiler...]
À la place, le film se transforme en ce qu'il prétendait critiquer : une propagande ridicule sur la force transcendante de l'amour entre l'homme et la femme "perfect for each other" depuis l'âge des cavernes. L'autrice aurait pu utiliser les ressorts de son propos pour justifier le lien authentique entre Lucy et John (éducation pauvre face à un monde New Yorkais privilégié et éloigné de la réalité vécue des classes laborieuses) mais non... elle choisit la mystification amoureuse qui, me semble-t-il, continue de nourrir une imposture. D'autant que (et ce me semble être la proposition moralement gravissime du film) le viol vécu par l'un des personnages féminins utilisatrice de l'agence de matchmaking lors d'un date aurait du servir de turning point pour dénoncer la violence contenue dans ce rapport de domination entretenue par des logiques de dating fondées sur les attentes, effectivement matérialistes, des protagonistes. Non, à la place, la femme violée continue d'espérer "épouser l'amour de sa vie" et retourne dater... En 2025, c'est un peu ringard, voire absolument aberrant.
Un film néo-libéral sur la self-made-woman aurait été bien moins dérangeant...