J'aime bien comment la pudeur française transforme le titre "Les seins éternels" en "Maternité éternelle"... Mais passons.
Troisième film de Kinuyo Tanaka, il est considéré comme l'un de ses plus grands, et c'est en tout cas l'un de ses plus personnels et peut-être comme l'un de ses plus authentiquement féministes. Son esthétique est poussée au maximum, avec des plans sublimes, sombres et lugubres de cet hôpital d'Hokkaido, lieu de la lente agonie de la poétesse jouée par Yumeji Tsukioka. Son jeu est d'ailleurs de plus en plus expressionniste à mesure que la folie et la douleur s'installent, dans la pure tradition de l'âge d'or du cinéma japonais en ces années 1950.
Le film suit le destin tragique de la poétesse Fumiko Nakajō, qui venait de mourir l'année précédente. Rien n'est épargné à cette femme, entre mari infidèle, divorce, garde alternée des enfants, puis surtout cancer et ablation de la poitrine. Seules lumières au tableau, son talent poétique enfin reconnu à Tokyo, et le journaliste envoyé de la capitale pour suivre son état de santé, jeune homme qui l'admire pour sa plume. Kinuyo Tanaka livre alors le récit d'une femme qui se bat contre vents et marées (elle ira même jusqu'à "enlever" son fils gardé par son ex-mari) et qui réfléchira profondément à sa féminité, suite à l'intervention médicale qui la prive de certains de ses attributs. Dans la deuxième partie du film, alors qu'elle est hospitalisée, elle passe par à peu près toutes les émotions, entre résignation, désespoir, insolence et méchanceté, puis goût tardif pour la vie au contact de son dernier amoureux. On se souvient à la fois de sa mesquinerie, lorsqu'elle dit de but en blanc à une amie qu'elle était amoureuse de feu son époux (dont l'enterrement suit la tradition chrétienne, c'est assez rare pour être souligné), et de sa tendresse de jeune femme lorsqu'une dernière passion l'étreint. Un portrait saisissant qui confirme les talents de la réalisatrice. La fin est toutefois perturbée par des longueurs atroces, un pathos dégoulinant et un romantisme béat poussé à l'extrême, avec le journaliste devant retourner à Tokyo pour une raison obscure, et qui revient à peine un jour trop tard. C'est franchement dommage pour un film puissant dans sa majeure partie.