You don’t pay for your sins in church. You do it in the streets.

Quand il réalise Mean Streets, Scorsese a 30 ans et il n'a pas encore vraiment percé. Mean Streets (et ce n'est qu'un début) est le film qui va vraiment lancer sa carrière. Pendant une bonne partie du film, on a l'impression que Scorsese veut plutôt nous dépeindre une chronique des rues et bars du quartier de Little Italy, tant les scènes se succèdent parfois sans déclencher un ressort dramatique, même simple à l'histoire. Et oui, c'est ce qu'il veut. Mais, malgré tout, autre chose va se dessiner.


Charlie / Keitel, mafieux rationnel et raisonnable qui commence à se faire une petite place dans Little Italy et Johnny Boy / de Niro, homme de main complètement timbré et tête brûlée ont noué une sorte d'amitié improbable, l'un passant son temps à protéger l'autre, au risque de se perdre lui-même. Soyons lucides, il n'y a pas 2 mais 3 acteurs principaux dans ce film :

  • Keitel, presque doux, mais en tension permanente et à la violence subite et rapide
  • de Niro, impressionnant de sauvagerie, de folie. C'est pour moi une révélation des débuts de cet acteur incroyable
  • les rues de Little Italy : son folklore catholico-italien revisité à la sauce new yorkaise (donc, encore plus kitch que dans les villages d'origines), sa violence, sa faune mélangeant d'honnêtes travailleurs et travailleuses, des clochards célestes et bien sûr, la mafia omniprésente et pas vraiment cachée

Déjà, la mise en scène de Scorsese place ses pions :

  • la caméra est nerveuse, elle pénètre les conversations, on est pris dans les rues et les bars grouillants et vivants
  • la musique, oscillant entre le rock, et de la musique typiquement italienne, prend une place qui dynamise les scènes. La scène, long plan séquence, et tirée par le Jumpin'Jack Flash des Stones (dont Scorsese est fan), dans laquelle Keitel pénètre dans le bar repaire est une réussite technique au service de la nervosité de l'histoire

Tout cela au service des obsessions d'un des réalisateurs les plus importants de ces 40 dernières années :

  • La violence inhérente au "rêve américain", le plus souvent illustrée par New York
  • La culpabilité catholique : on ne peut se sauver soi-même, mais on peut se racheter en sauvant les âmes les plus perdues d'entre nous
  • le conflit entre loyauté au système et loyauté à l'ami

Selon Scorsese, il n'existe point de salut pour les péchés mortels. Dieu a beau pardonner, les hommes, eux, ne pardonnent pas. Dans l'attente de l'issue fatale, les hommes n'ont plus qu'à brûler la chandelle par les deux bouts. Et les femmes, constater la folie des hommes.





John-Peltier
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de gangsters

Créée

le 2 févr. 2026

Critique lue 11 fois

John Peltier

Écrit par

Critique lue 11 fois

D'autres avis sur Mean Streets

Mean Streets

Mean Streets

5

Gand-Alf

le 3 mars 2013

Suivre

Little Italy.

Après une poignée de courts-métrages, un premier film quasi-amateur et un passage obligé par la case Roger Corman, Martin Scorsese signait son premier film marquant, "Mean Streets", vaguement inspiré...

Mean Streets

Mean Streets

8

Docteur_Jivago

le 9 nov. 2015

Suivre

Jumpin' Jack Flash

You don't make up for your sins in church. You do it in the streets. You do it at home. The rest is bullshit and you know it. C'est par cette affirmation que Martin Scorsese lance Mean Streets,...

Mean Streets

Mean Streets

8

guyness

le 2 avr. 2011

Suivre

L'école de la rue

Mean Streets est le film fondateur de Martin Scorsese. C'est le premier d'une série assez imparable, un âge d'or qui culminera avec "Les affranchis" et déclinera très rapidement, à partir de Casino...

Du même critique

Total Trax

Total Trax

8

John-Peltier

le 17 août 2021

Suivre

L'érudition au carrfour du cinéma et de la musique

Chez moi (et pourtant on est un peu), je suis le seul à éprouver de l'intérêt pour la musique de film. Il devient alors difficile pour moi d'écouter des podcasts de 3 heures sur de la musique un peu...

The Downward Spiral

The Downward Spiral

8

John-Peltier

le 15 juil. 2021

Suivre

Le suicide en un album - acte II

Parce que l'essentiel c'est les 3 points. Pourquoi écouter cet album : 1/ C'est album majeur des années 90, à la fois précurseur, expérimentateur, mais aussi, dans une certaine limite, grand public...

Telegraph Road

Telegraph Road

10

John-Peltier

le 5 févr. 2021

Suivre

J'veux rien savoir

Les paroles, le temps long, la guitare douce, la réponse du piano. Une épopée. Mark Knopfler est un époustouflant compositeur de titres épiques (Brothers in arms, Going home, Private...