Bon, je trouve ça vraiment mauvais.
Sur le papier il y a pourtant des choses très intéressantes. Une planète nommée Melancholia va entrer en collision avec la Terre. Deux soeurs s'aiment mais ne peuvent que se faire du mal. L'une, très dépressive, est chaotique, en rejet de la société. L'autre a un rôle conventionnel d'épouse et de mère, organise tout et en subit du stress. Les deux sont confrontées à cette fin du monde dans un domaine isolé. Représentant chacune une planète, une inversion des rôles se crée tandis que la première soeur accepte, voir souhaite la fin de la vie sur Terre alors que la deuxième perd le contrôle.
Posé comme ça, je trouve ça super intéressant, plus tous les éléments de science-fiction, la planète surnaturelle dans le ciel, les anomalies climatiques, la paranoïa, le déni. Il y avait de quoi faire un très bon film, sauf que tout ça ce n'est que la deuxième moitié du film et c'est déjà moyennement réussi. Oui tous les éléments sont là mais ce n'est pas toujours très joli (c'est très lisse et je n'aime pas la photographie du film) et ça sonne souvent faux. Une fin du monde ça méritait un peu mieux je trouve, plus d'émotion, plus d'implication. Ou pas forcément, pourquoi pas imaginer autre chose d'aussi détaché émotionnellement mais qui ait plus d'impact. J'avais trouvé que la force de Dancer in the Dark et de Dogville résidait en grande partie dans le sentiment d'un destin implacable, que les trajectoires des personnages et le système dans lequel ils évoluaient ne pouvait que les détruire inexorablement. Dans Melancholia, j'ai trouvé que ça manquait de ce sentiment alors même qu'il s'agit de la fin programmée de toute chose. C'est embêtant.
Et cette partie là n'aurait pu que profiter d'un peu plus de développement. Mais à la place de ça la première heure du film est consacrée à tout autre chose. Une première partie qui m'énerve pas mal et qui a motivé l'écriture de cette critique.
Pour ce qui est de la relation des deux soeurs elle ne sert pas à grand chose, elle plante le décor et les personnages tout au plus. Pas d'histoire de planète, au mieux on regarde le ciel vite fait. Pas d'écho, de symétrie, de jeu avec la deuxième partie. Non. On est vraiment sensé lui trouver un intérêt en soi. Ca raconte la fête de mariage de la soeur dépressive, où tout le monde semble heureux au départ mais où tout se craquelle, les bassesses des personnages faisant surfaces, le mal-être de la mariée s'accroissant, jusqu'à ce que le mariage finisse à la poubelle.
Bref c'est sensé être un peu Festen et le dispositif s'en rapproche. Caméra à l'épaule, il y a une volonté de naturalisme et de capter des expressions sur le vif d'acteur qui doivent en grande partie improviser. Mais c'est ultra mal écrit. Le père inconséquent et la mère acariâtre passe encore, la palme revient au patron de la mariée - qui est là par facilité de scénario pour qu'elle puisse jeter son emploi à la poubelle en plus de son mariage, ça fait chic - publicitaire, caricature de requin qui a comme gimmick de la harceler pour qu'elle lui ponde une tagline dans la soirée. En fait c'est vraiment le problème du dispositif c'est que tout se transforme en gimmick : le père apporte du comique mais n'a qu'un seul ressort qui consiste à s'extasier du fait que ses voisines de table s'appellent toutes les deux Betty, la mère dénigre tout de façon tellement systématique qu'on y croit pas une seconde, ou le meilleur exemple, l'organisateur du mariage a décidé que le mariage était raté au premier accroc et a comme gimmick de bouder la mariée en cachant son visage quand ils passent à côté l'un de l'autre. Son rôle est pourtant insignifiant mais vu qu'il n'est pas interprété par un nobody (c'est Udo Kier) il fallait qu'il s'agite lui aussi dans cette comédie humaine j'imagine... Bon ben c'est juste nul à chier.
Au cours de la soirée la mariée fuit régulièrement, s'isole, fatigue. On comprend ce qui se trame car par déduction on voit bien les signes extérieurs d'une comédie de moeurs acerbe. Mais on y croit pas un seul instant. Je suppose que la soirée est sensée s'enliser, sauf que le marié ne bronche pas, les convives ne bronchent pas, il n'y a jamais de réaction de groupe, même lorsque le mariage est finalement annulé ça ne semble émouvoir personne. Ca n'a aucun foutu sens. En fait on comprend que les retards, les éclats de la mère, les fuites de la mariée, sont sensés gâcher la fête, mais on ne voit jamais la fête être gâchée. Et l'annulation du mariage en soi, je crois que je l'ai pas comprise, est-ce seulement parce qu'elle se refuse à lui au moment où il veut baiser ? est-ce sur la demande du marié ou de la mariée ? de mon point de vue il manque une scène. Ce qu'on a c'est qu'il lui dit à peu près "bon ben je crois que je vais rentrer du coup"
Bref, la plupart des éléments, sur le papier, pourquoi pas (sauf le patron qui veut faire travailler son employée le soir de son mariage, ça c'est vraiment une idée de merde) mais c'est tellement mal amené, ça se repose tellement sur des codes vides, la réalisation "naturaliste" ne suffit pas à rendre une situation réaliste. Absolument tout sonne faux et en décalage je trouve dans cette partie, dont le propos sera au final : les êtres humains sont vils, s'ils viennent à disparaitre c'est pas si grave. C'est pas très intéressant, et c'est très raté.
Ah je retiens quand même l'intro, sur le moment j'ai trouvé ça un peu chiant mais après coup c'est ce qu'il y a de mieux dans le film... Non je trouve le concept intéressant d'avoir comme ça des tableaux un peu allégoriques d'éléments du film que l'on s'apprête à voir et du coup normal aussi que ça prenne du sens et de la valeur après coup. L'autre avantage de cette intro c'est qu'elle profite pleinement de la musique de Wagner qui dans la suite du film finie par être utilisée jusqu'à l'overdose...