P.J. Hogan nous livre avec Mental une œuvre singulière, un ovni cinématographique qui cherche à mêler l’exubérance de la comédie à la profondeur d’un sujet grave : la santé mentale. Sur le papier, l’intention est forte, audacieuse, presque nécessaire. Mais à l’écran, l’exécution m’a semblé déséquilibrée, parfois même contre-productive. Si je salue l’originalité de la démarche, je reste dubitatif face au résultat final, d’où ma note de 4.5/10.
Le film démarre pourtant sur une idée prometteuse : une mère débordée quitte le foyer, laissant derrière elle un mari immature et cinq adolescentes perdues. Entre alors en scène Shaz (Toni Collette), une nounou fantasque, marginale, au franc-parler décoiffant, censée remettre de l’ordre dans ce chaos domestique. L’arrivée de ce personnage extravagant installe un ton décalé, presque surréaliste, qui donne d’abord envie d’embarquer dans ce voyage intérieur.
Mais très vite, le film s’enlise dans ses propres débordements. Le ton oscille constamment, parfois brutalement, entre la comédie absurde et le drame familial, sans transition ni dosage. Ces ruptures de ton, au lieu d’enrichir le récit, le rendent instable, voire incohérent. Le message sur la stigmatisation de la maladie mentale, pourtant fondamental, se dilue dans un tourbillon de gags outranciers et de séquences émotionnelles qui tombent à plat, faute de respiration narrative.
Toni Collette, fidèle à elle-même, livre une prestation intense, investie, souvent magnétique. Elle insuffle à Shaz une forme d’énergie brute, une liberté d’être qui aurait pu être bouleversante si elle avait été mieux encadrée. Malheureusement, elle semble évoluer dans un registre à part, presque déconnecté du reste du casting.
Les autres personnages manquent cruellement d’épaisseur. Ils sont trop souvent réduits à des clichés : l’adolescente incomprise, le père politicien ridicule, les sœurs qui se cherchent... Au lieu d’explorer leur complexité, le film se contente de survoler leurs blessures. Cela nuit à l’identification et à l’émotion, car tout semble esquissé, jamais approfondi.
Sur le plan formel, P.J. Hogan ne manque pas d’audace. Il multiplie les effets visuels, les changements de rythme, les ruptures esthétiques. Il y a un vrai désir de traduire le tumulte intérieur de ses personnages par le biais du langage cinématographique. Mais cette inventivité, loin de sublimer le propos, finit par saturer la narration. L’excentricité visuelle devient une distraction plus qu’un outil de sens.
Certains passages frisent le clip musical, d'autres le théâtre de boulevard. Ce mélange de genres, s’il peut séduire par sa liberté, m’a souvent semblé empêcher toute forme d’émotion sincère de s’installer. Là où le film aurait pu toucher, il préfère surprendre – parfois au détriment de la cohérence.
Malgré tout, je ne peux nier que Mental aborde un sujet que le cinéma traite encore trop rarement, surtout sous l’angle de la comédie. Il y a dans cette tentative une volonté de casser les codes, de libérer la parole, d’ouvrir un espace pour parler autrement de la folie, du rejet, du conformisme social.
Mais en voulant absolument tout dire, tout montrer, tout déconstruire, le film finit par se perdre. Il donne l’impression d’un cri du cœur noyé dans un feu d’artifice. Une œuvre plus contenue, plus rigoureusement écrite, aurait peut-être pu frapper plus fort – et plus juste.
Mental est une œuvre qui interpelle plus qu’elle ne convainc. Elle ambitionne de déranger, de faire rire, d’émouvoir… mais sans parvenir à équilibrer ces élans contradictoires. Ce que je retiens, ce n’est pas un message fort ou une émotion durable, mais une succession de tentatives inégales, parfois brillantes, souvent maladroites. Un film courageux dans ses intentions, mais qui manque de précision pour réellement faire mouche.