Metropolis
8.1
Metropolis

Film de Fritz Lang (1927)

Esthétiquement, rien à redire, chaque plan est doté d'une beauté photographique qui ne doit rien au hasard. Les effets spéciaux ne dépendant pas de techniques informatiques vouées à être dépassées, ils ont gardé leur efficacité et prouvé leur pérennité.
Les scènes muettes où les personnages discutent font prendre conscience de l’inutilité de comprendre le contenu exacte de leur discours, et par là même, de la vacuité des dialogues de nombreux films contemporains. Les acteurs surjouent pour que la scène soit intelligible, mais cela participe de la théâtralité du genre.


Film à l'intrigue simple et au symbolisme appuyé, sa morale peut laisser perplexe dans la manière dont elle est finalement amenée :


Le contremaitre serrant la main du patron qui a un peu essayé de les génocider...


Mais cette maxime sur le cœur reliant la tête et les mains peut s'interpréter de différentes manière. Peut-être un éloge de la classe moyenne dans son rôle de cohésion sociale structurant et stabilisant la société. Ou simplement en tant que manière de rappeler que le sommet de la pyramide ne peut faire société tout seul, thème qui résonne particulièrement bien aujourd'hui après les récents travaux de Christophe Guilluy sur la France périphérique : la mondialisation ayant provoqué une concentration des richesses et l'effondrement du socle populaire de la classe moyenne, lequel se retrouve poussé hors des grandes villes qui lui sont économiquement inaccessibles, les classes supérieurs se replient de leur côté dans des métropoles confortables et gentrifiées où la mixité sociale est morte et les nantis vivent parmi les nantis ; déconnecté du peuple, le bobo métropolitain lui crache dessus du haut de ses préjugés de classe qu'il relai dans les médias et les universités, tout en prétendant se battre pour la bonne cause et lutter contre le fascisme ; il n'oublie d'ailleurs pas d'instrumentaliser l'immigré, qu'il voit comme le seul misérable du pays (car pour lui la pauvreté ne peut venir des idées politiques qu'il a appliqué sur son propre sol, lesquelles sont parfaites, les pauvres doivent donc venir d'ailleurs), pour taper sur le méchant français de base, créature lointaine, vaguement méprisable, dont il a entendu parlé une fois en regardant Canal+ ou en écoutant France Inter lui parler du "retour des heures sombres de notre histoire".
Je digresse, mais pour revenir au film, la symbolique biblique, fortement appuyée, reste parlante : les ouvriers travaillent d'arrache-pied, écoutent pieusement des enseignements de paix, attendant l'être providentiel pour les sauver tous ; à l'opposé, les métropolitains font la java comme des dépravés, s'entretuent pour une femme présentée comme la Prostituée de Babylone et mère de tous les vices, pendant que le sommet dirigeant fait preuve de morgue et de cynisme en manipulant les ouvriers afin de déclencher une révolte qu'il pourra réprimer violemment.


Aujourd'hui le cœur existe entre la tête et le reste de la planète, mais plus entre la tête et les mains, c'est pourquoi ce film nous parle encore.

Créée

le 20 oct. 2019

Critique lue 127 fois

Sivoj

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