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Guillaume Nicloux est à ranger dans deux catégories : celle des cinéastes qui tournent beaucoup avec en moyenne un film par an - à l’instar d’un François Ozon pour rester francophone - et celle des cinéastes hétéroclites qui s’attaque à tous les genres et dispositifs comme Steven Soderbergh. Son dernier film en date était la biographie sur une figure artistique tutélaire du début du XXIème siècle, la célèbre Sarah Bernhardt, une œuvre amusante mais futile portée par Sandrine Kiberlain. Comme le réalisateur aime aussi parfois tourner des films plus sauvages et à petit budget, le voilà qui opère un virage à 180 degrés et embraye sur un thriller ultra glauque situé sur une île des Canaries. Encore une fois, il embauche une star française en la personne de Benoît Magimel dans un rôle étonnant où il brille une nouvelle fois. En patron de club aussi doux que tenace il émeut et étonne. Encore. À ses côtés, l’actrice internationale Pom Klementieff qu’on a plus l’habitude de voir au sein de gros blockbusters hollywoodiens dans des seconds rôles de méchante ou de faire-valoir (« Les Gardiens de la Galaxie » ou les derniers « Mission : impossible ». La voir ainsi dans un vrai rôle avec beaucoup de dialogues fait plaisir et elle s’en acquitte avec beaucoup d’aplomb.
Comme la production européenne « Islands » sortie l’an passé, il semblerait que les îles Canaries inspire des suspense étranges et malaisants aux cinéastes. Tout aussi intriguant et réussi, « Mi amor » est cependant bien plus sombre et glauque. On n’est pas étonné que Nicloux ait su encore une fois instaurer un climat malsain et bizarre à son film. Quand il investit ce type de sujets, il s’y connaît en atmosphère qui mettent mal à l’aise. On se souvient de sa trilogie policière composée de « Une affaire privée », « Cette femme-là » et « La Clef » qui nous plongeait au sein d’ambiances étouffantes et délétères. Pareil ici : il y a une sensation de malaise qui s’installe quasiment à tous les plans de par le comportement des rares figurants ou personnages tertiaires (l’île de Gran Canaria semble vidée de tous ses habitants), par des séquences nocturnes mystérieuses et par ce qui se joue dans l’intrigue à base de disparitions, de secte et de gangs ici quasiment mystifiés. À ce niveau c’est amplement réussi tant le malaise est diffus mais prégnant et puissant.
L’enquête en elle-même souffre certes de trous d’air et de baisses de rythme voire de séquences presque oniriques pas toujours bien négociées. Mais grâce à une bande originale électro géniale faisant penser à l’encore plus marquant « Sirat », l’immersion est totale. Un morceau électro emballe quasiment chaque séquence selon sa tonalité, du plus fort en BPM (le set du personnage principal qui est deejay) au plus apaisé avec une techno plus douce et mélodique. À ce titre, c’est fort et très à propos. Nicloux prend ainsi et également bien le pouls de la culture clubbing sans cliché. Si la résolution est quelque peu expéditive, elle évite les sempiternels épilogues à rallonge qui veulent en mettre plein la vue. Ici la fin est nihiliste, raccord avec le côté désespéré du film tout en étant solaire dans sa toute dernière séquence. Presque paradoxal pour ce film mal aimable et passionnant à la fois. « Mi amor » est un suspense étrange, vénéneux et inclassable, un « trip » qui en laissera pas mal sur le carreau mais qui pourra en envoûter pas mal d’autres, un peu comme le plus beau film de Nicloux, le sublime et magnifique « Valley of Love ».
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il y a 6 jours
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