J’aime beaucoup Joe Carnahan. Je trouve que, à défaut d’être un réalisateur de génie, c’est un excellent faiseur, et il le prouve dès son deuxième film Narc (2002) qui pour beaucoup aura eu l’effet d’une petite claque dans la gueule. Que ce soit L’Agence Tous Risques (2010), Stretch (2014) ou le tout récent Boss Level (2021), tous ont un côté ultra fun permettent de passer un excellent moment. Intéressons-nous aujourd’hui à son troisième long métrage Mi$e à Prix (2006), Smokin’ Aces en VO, dans lequel il va laisser exprimer toute la folie de son cinéma, un cinéma certes pas parfait mais ô combien généreux et efficace. Alors en attendant de me faire le dernier film de sa filmographie qui manque à ma culture cinématographique, Le Territoire des Loups, bienvenue dans le monde bien barré de Mi$e à Prix.
Le scénario du film, écrit par Joe Carnahan lui-même, est au final des plus simples. Buddy Israel, un magicien de Las Vegas reconverti en malfrat, menace l’organisation de Primo Sparazza, un boss de la pègre très puissant. Ce dernier décide de mettre un terme à la petite vie de Buddy et promet de donner 1M$US à quiconque l’enverra ad patres. En toute logique, tout un tas de malfrats et autres psychopathes se jettent sur l’occasion de renflouer leur porte-monnaie de manière significative. Sauf que le FBI ne veut pas qu’on décroche la tête de Buddy Israel du reste de son corps, cet homme sait beaucoup trop de chose sur la pègre et pourrait leur être d’une grande utilité. Ils le confinent dans un hôtel de luxe qu’ils mettent sous haute surveillance. Mais rien ne pourra arrêter l’appel du dollar de tous les tarés du coin et cet hôtel va rapidement devenir le témoin d’un jeu de massacre dans lequel tout le monde va y laisser des plumes. Nous sommes d’accord que Mi$e à Prix ne brille pas par l’originalité de son scénario. Une course d’assassins, ça a déjà été vu, d’autant plus que si on regarde bien les différents protagonistes, eux aussi font dans le cliché. Entre le groupe de néo-nazis, les assassines sexy, le pro du déguisement ou encore le groupe de loosers, on navigue en terrain connu. Pourtant, cette galerie de personnages, c’est aussi ce qui fait la force du film. On a une belle brochette de personnages complètement déjantés, certains tout en retenu, avec une fois de plus ce côté généreux du cinéma de Carnahan qui ressort. Il faut dire que le casting est clairement génial, avec tout une tripotée de têtes connues, aussi bien de la « nouvelle génération » comme Ryan Reynolds (Deadpool, Hitman & Bodyguard), qui trouve peut-être ici son meilleur rôle, Ben Affleck (Argo, Gone Girl) ou encore Chris Pine (Star Trek, Wonder Woman), que de l’ancienne avec Ray Liotta (Les Affranchis, Absolom 2022) et Andy Garcia (Les Incorruptibles, Le Parrain 3). Mais aussi tous les autres qui ne passent pas inaperçus dans ce joyeux bordel que va être Mi$e à Prix.
Il est vrai que le film est relativement long à démarrer. Tous les personnages nous sont présentés un à un, via de long dialogues, aussi bien du côté des « gentils » que de celui des « méchants », l’histoire pourra même paraitre assez confuse dans les premières minutes. Pourtant, cette longue mise en place va être nécessaire à l’explosion finale. On sait que ça va péter à moment donné, on sait que ça va partir dans tous les sens, et cette longue mise en place est là pour faire monter la pression. Un peu comme une cocotte-minute qui se met à siffler nous annonçant que, attention, ça va chier des bulles. L’intrigue avance donc petit à petit, avec son lot de rebondissements, ses dialogues pouvant paraitre anodins mais qui auront un impact par la suite, et déjà là, on sent ce côté déjanté qu’on apprécie dans le cinéma de Carnahan. Et quand enfin le film se décide à sortir la grosse artillerie, on va assister à un festival d’action sacrément burné, en mode destruction massive, avec un gunfight absolument dantesque. La dernière partie de Mi$e à Prix est tout bonnement jouissive, en partie grâce à une mise en scène de haute volée de Carnahan, très inventive, très soignée, qui va nous scotcher à l’écran. Ça part dans tous les sens, c’est survitaminé, souvent déjanté, avec un côté amoral bienvenue, et un twist final plus intelligent qu’il n’y parait. Cette dernière demi-heure est vraiment jouissive, accompagnée d’une bande son qui déménage tout autant que les images. Le score du film est d’ailleurs un de points forts du film. On va de The Prodigy à du Ennio Morricone, en passant par du Motorhead, du Clint Mansell ou The Stooges avec une facilité déconcertante. Il est clair que c’est le genre de film qui va diviser. Il faut adhérer à cette mise en place particulière (qui par certains aspects rappelle le cinéma de Tarantino) et à ce pétage de plomb sous amphétamines et ultra violent qui va en découler. Le film a d’ailleurs reçu à sa sortie des critiques allant souvent dans les extrêmes. Mais si on adhère, c’est le pied total. Et moi j’ai adhéré.
S’inspirant du cinéma de Guy Ritchie et de Quentin Tarantino (entre autres), Mi$e à Prix est un film d’action complètement fou, à la fois drôle, violent, jubilatoire et sanglant. Bien que parfois un peu trop bavard, il reste néanmoins un excellent divertissement qui va certes diviser, mais qui ne laisse pas indifférent.
Critique originale avec images et anecdotes : DarkSideReviews.com