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le 24 avr. 2026
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Attendu de longue date, repoussé, retourné, remonté, le biopic sur Michael Jackson était autant incontournable qu’il fut laborieux à mettre en œuvre. Dans le catalogue interminable des incarnations...
Je suis fan de Michael Jackson et aussi passionné de cinéma depuis des années. J'avais comme beaucoup compris dès l'annonce de ce projet qu'il s'agirait d'une opération commerciale pour donner envie au spectateur de réécouter la musique de Jackson et je me disais que ce n'était pas bien grave s'il y avait des raccourcis avec son histoire, tant que le film est sympa à regarder et bien fait.
Le problème c'est qu'il n'y a quasiment rien qui va et je ne vois pas comment ça a pu être géré avec une telle incompétence.
L'image est moche, on dirait une série Disney+ avec un faux grain années 70 sur l'image, les visages sont tout lisses et les idées de mise en scène bien trop rares. De toute façon, dès qu'il y a un mouvement de caméra pas trop mal, le plan dure forcément moins de deux secondes donc on a pas le temps d'être ébloui. C'est filmé dans un ratio 1:85 dans lequel on ne sent jamais la grandeur des lieux, ce qui est embêtant quand une partie du film est censée reproduire des scènes de concerts dans des stades. Évidemment, ce sont des effets spéciaux numériques moches qui font office de stade en délire, et le comble c'est que c'est ILM qui s'en est chargé et s'est aussi occupé de faire les animaux qu'on voit dans le film avec un photoréalisme digne d'un film sorti en 2010.
Dans le film, les personnages (ou plutôt ceux qui parlent car il y en a peu) expliquent les enjeux en permanence car la mise en scène ne fait pas grand chose et que le montage est indigeste. C'est un film que vous pouvez laisser en fond pour vous barrer faire votre vaisselle, aller aux toilettes ou coucher les gosses, vous ne devriez pas être trop perdus en revenant. C'est une succession de réels Instagram, on pourrait en virer quelques uns sans problème et on aurait pu en mettre d'autres à la place, mais pour une raison qui nous échappe ils sont là et dans cet ordre quand même.
Ou plutôt, il faut bien l'admettre, vous serez parfois perdus, car les libertés prises avec l'histoire de Michael Jackson font qu'on passe à côté de moments importants de sa vie, même si on nous rabâche que l'enjeu c'est qu'il devienne la plus grande star du monde et s'émancipe de son père.
Son adolescence n'existe pas à l'écran, la pauvreté de sa famille quand il est petit est censé nous sauter aux yeux uniquement parce qu'on voit un plan large (en CGI) de la ville de Gary mais évidemment on ne voit jamais les Jackson s'y balader. Pour ce qui est de la création musicale, on a affaire à un gars qui bossait dur et enregistrait des maquettes sur plusieurs pistes où il faisait à la bouche les instruments et harmonies vocales mais ici le grand maximum auquel on a droit c'est de le voir faire du beatbox face à un mur en studio et noter des idées de paroles qui ne viennent de nulle part puisque les textes du chanteur ne sont jamais évoqués. D'ailleurs le processus de création est évidemment très romancé, mais on atteint des sommets qui rendraient les scènes de conception musicale de Bohemian Rhapsody hyper réalistes et passionnantes alors qu'elles ne l'étaient déjà pas spécialement. Et puis mince, zapper les paroles comme ça c'est pas possible : c'est un mec qui chantait des chansons d'amour à 11 piges comme s'il en avait 40. Son plus grand tube parle d'une groupie qui le prend pour le père de son enfant, et le gars a pourtant visiblement jamais eu de vie sentimentale, il y avait des choses à montrer là !
Mais à la place on a une coquille vide qui est un saint, surdoué et dont toutes les bonnes idées (en a-t-il déjà eu des mauvaises si on en croit le film d'ailleurs ?) sont automatiquement validées par tout le monde et en particulier John Branca, joué par un Miles Teller qui est juste venu chercher son chèque, qui est évidemment producteur du film. De toute façon, on nous fait croire que quand Michael a sorti l'album Thriller les clips étaient déjà finalisés et qu'il n'y avait plus qu'à programmer leur diffusion, alors qu'il s'est démené pour pouvoir les diffuser après l'album et que le clip de Thriller a été conçu pour la fin de la promo qui était déjà longue.
L'écriture des personnages est calamiteuse car Michael n'existe pas vraiment dans sa propre histoire et les autres n'ont pas de vraie relation avec lui. Sa mère fait des soirées télé avec son fils (juste celui-là car les autres devaient puer apparemment, de toute manière tous ses enfants n'ont pas été interprétés dans le film) mais elle va se coucher avant la fin du film. Ses frères n'ont aucun conflit ou interaction particulière avec lui, ils se moquent juste un peu de lui parce qu'il aime les jeux de société alors qu'eux ils ont des rencarts. Alors forcément, les personnages ne sont que des pions et même si Colman Domingo est celui à qui on a le plus donné à manger, il ne peut pas briller avec un texte aussi pauvre et les scènes qui se veulent un peu émouvantes en fin de film où MJ confronte tour à tour ses parents tombent à plat car rien n'a bien été préparé en amont.
Curieusement, le film se veut plus léger en explications orales dès qu'il s'agit d'un genre d'Easter egg pour les fans et dans ces moments-là, le non-fan doit s'ennuyer ferme. Je pense à Michael qui chantonne Smile, aux nombreuses lectures de Peter Pan tout le long du film d'une lourdeur rarement égalée ou encore l'explication un peu maladroite pour dire que les Jacksons ont quitté la Motown. Les enjeux de l'accident de tournage de la pub Pepsi dont la reconstitution est visuellement ridicule avec ses flammes numériques mal faites sont à peine effleurés alors que sa dépendance aux médicaments va littéralement tuer cet homme des années plus tard. Mais si on est pas fan, on se dit juste qu'il a failli mourir et que les anti-douleurs l'aident à s'en remettre, pas qu'il va devenir accro.
La bizarrerie de Michael est traitée en surface : il ne s'entend pas avec les enfants de son âge parce qu'ils le regardent bizarrement (ça on aurait pu le voir à l'écran mais à la place le personnage l'explique). Mais une fois devenu une superstar, il adore voir des enfants malades à l'hôpital ou les conseiller dans un magasin de jouets. Le porte-à-porte en tant que témoin de Jeovah est éclipsé, son visage change presque d'un plan à l'autre dans le film mais on va résumer ça à une rhinoplastie et à l'évocation très brève du vitiligo. Sa marginalité n'inquiète aucun de ses proches, aucun de ses collaborateurs. Il est dans son monde et tant mieux pour lui, comme il a du pognon il peut se le permettre.
On ne voit ni la rencontre avec Quincy Jones ni les répétitions de ses prestations mais on se tape un MJ diplomate qui a permis aux gangs étasuniens de faire définitivement la paix grâce au pouvoir de la danse. D'ailleurs c'est bien connu, il ne bossait avec aucun chorégraphe et trouvait tout tout seul (c'est évidemment faux). S'il avait allumé sa télé en plein conflit israélo-palestinien on en serait pas là de nos jours d'ailleurs, mais manque de bol c'était juste un reportage sur des bandes rivales. Enfin je veux dire, quitte à faire purement dans l'anecdote, autant nous montrer We Are the World, Say Say Say ou Van Halen qui crame son ampli en jouant le solo de Beat It.
Jaafar Jackson a beaucoup bossé pour bien danser et pour la voix parlée et ça se voit mais je suis désolé, il n'a ni le regard de son oncle ni ses mimiques et ça tombe à plat dès que le personnage se met à chanter pour moi. Comme je l'ai dit plus haut il change de tête d'un plan à l'autre, donc ça m'a sorti assez rapidement du film quand bien même il est, sur le papier, convaincant. Même Rami Malek dans Bohemian Rhapsody arrivait à dégager un semblant d'aura alors que c'était loin d'être un excellent film et qu'il y allait en pilote automatique. Il faut dire que la mise en scène et le montage ne l'aident pas. Quel montage horrible qui casse tout le rythme et la beauté du moment pour la prestation du Motown 25 avec tous ces inserts sur des spectateurs lambda alors que c'était une soirée devant tout le gratin de la Motown ! Il fallait évidemment profiter de cette occasion pour filmer sous d'autres angles ce moment culte de sa carrière, mais dès que Fuqua le fait ça n'est jamais signifiant et parfois coupé "en plein vol" comme le tout premier moonwalk.
En bref c'est un ratage total, ça va cartonner et les spectateurs applaudissent de toute manière à la fin du film car ils ont eu leur quotas de prestations scéniques reproduites sans magie et avec un montage fait par un boucher mal réveillé et qu'ils ne font plus la différence entre un film de cinéma et une série Netflix regardée en scrollant sur TikTok sur leur canapé. Quant aux fans dans le déni, le marketing leur donne l'espoir d'une version longue sur le Blu-Ray ou pire les persuade que la suite corrigera le tir et réhabilitera MJ dans le cœur de tous alors qu'un film doit se suffire à lui-même et ne pas reposer sur des pistes vaguement et surtout très mal effleurées dans un premier opus. C'est un carnage et je ne m'attendais vraiment pas à ce que ce soit si pauvre pour un artiste de cette trempe et avec un budget aussi conséquent.
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le 24 avr. 2026
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