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le 24 avr. 2026
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Attendu de longue date, repoussé, retourné, remonté, le biopic sur Michael Jackson était autant incontournable qu’il fut laborieux à mettre en œuvre. Dans le catalogue interminable des incarnations...
Rattraper Bohemian Rhapsody trois jours avant Michael m'a confirmé une chose : on ne pense plus en termes de cinéma, mais bien en termes de formule à exploiter.
C'est incroyable de voir à quel point les deux films sont construits à l'identique, même introduction, même conclusion, même découpage des scènes, même sequencing bête et méchant des musiques cultes. Pas bien étonnant ceci dit quand on voit que ce sont les mêmes producteurs à la barre, en plus d'avoir repêché le même criminel au montage (vainqueur de l'Oscar en 2019, lol).
Résultat, je n'ai pas grand-chose à ajouter par rapport à ma critique de Bohemian Rhapsody. C'est un objet purement intéressé, un simple investissement initié par la famille (le parallèle avec Joseph Jackson dans le film est d'ailleurs tristement ironique). Plus que jamais, on souhaite auréoler cette figure de perfection, rendre sa musique éternelle, assouvir une domination suprême (pas besoin hein, c'était déjà le cas).
Le premier tiers de l'œuvre est sans doute le meilleur (ou le moins pire, à vous de voir), notamment grâce à un Colman Domingo phénoménal. Ça a au moins le mérite d'esquisser un infime propos sur l'instrumentalisation des enfants stars... même si, à l'image du long-métrage, c'est consensuel. À crever. L'ensemble ne rivalise pas avec la malhonnêteté légendaire de la réécriture faite par les membres de Queen sur leur histoire et celle de Mercury. Mais on s'en approche à plusieurs reprises.
Dès l'instant où Michael devient adulte, le récit s'enferme dans une mièvrerie et une pureté embarrassante. L'ami des animaux, l'ami des enfants malades, l'ami de la paix dans le monde... c'est un biopic sur Jésus ? Certes, c'était assez évident que le film n'allait pas creuser les parts d'ombre du bonhomme (comme son rapport légèrement questionnable/ambigu envers les enfants). Mais de là à ne consacrer que 5 pauvres minutes d'écran à des sujets cruciaux comme les conséquences de la surmédiatisation sur son propre rapport au corps, les questionnements soulevées par une maladie méconnue comme le vitiligo, ou encore le racisme systémique subi dans les années 70/80 ?!
Enfin, pourquoi doit-on forcément prendre le public pour des demeurés ? Pourquoi vouloir toujours tout simplifier, tout rendre lisse ? Ton film ne sera pas moins bon si tu montres quelques aspérités chez ton personnage ; au contraire, ça le rendra plus humain. Ici, tout est tellement artificiel qu'il est absolument impossible de se connecter émotionnellement au récit (exemple parfait, la scène omega-clinique entre Michael et sa mère à l'hôpital).
Même constat pour les seconds rôles d'ailleurs, et je ne résiste pas à l'envie de citer le traitement de John Branca en manager lumineux. Petit twist, la réalité est tout autre : MJ ne lui faisait pas confiance, et il l'a littéralement viré après des années de relations houleuses. Attendez, qu'ouïs-je ? Qu'entends-je ? John Branca est producteur de l'œuvre ? Oh, beh.
Ajoutez à cela une gestion du rythme catastrophique, où chaque séquence s'enchaîne de manière frénétique, comme une gigantesque bande-annonce de 2h10. Pire, le long-métrage tourne quasi intégralement à vide. Oui, la performance de MJ au Motown 25 est extraordinaire. Oui, le clip de Thriller est un chef-d'œuvre. Mais Fuqua semble lui-même se rendre compte de la vanité du projet. Il en arrive au point où il ne sait même plus trop quoi filmer. Alors... ben on ajoute des plans sur le public. Sur le clip de Thriller... bah on va filmer les techniciens.
Et malheureusement, le grand public ne cherche pas à discerner cette frontière floue entre réalité et adaptation. Ce qu'il aime tant, c'est la musique, les chorégraphies et les visuels imaginés par MJ. Pas ce que le film en fait (puisqu'il n'en fait rien). La caméra n'ajoute aucune ampleur aux prestations (c'est simplement du bête recopiage), et le montage surcuté annihile tout espoir d'immersion. Et Antoine, c'est pas en me filmant 50 fois des fans qui s'évanouissent que ça va me rendre la performance plus mémorable.
C'est dommage, parce qu'à côté de ça, c'est globalement moins laid que Bohemian Rhapsody (pas dur), et Jaafar Jackson/Juliano Krue Valdi font un boulot impeccable (à savoir que les voix ont été mixées avec des enregistrements d'origine). Puis je suis un être humain normalement constitué, tu me mets dans une salle de cinéma, avec une sono incroyable et certains de mes morceaux préférés de tous les temps, je vais pas passer un moment foncièrement désagréable. Mais c'est toujours entrecoupé par le cynisme évident de l'ensemble. Cette écriture dégoulinante, cette construction forcée...
Bref, comment ne pas regretter un portrait aussi fade, pour une figure aussi passionnante et complexe ? Le plus grand artiste de tous les temps méritait bien mieux qu'un objet à ce point dénué d'âme. En d'autres termes, il méritait une vision de cinéaste.
PS : ce carton texte de fin, la définition du culot.
3,5/10
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Créée
le 22 avr. 2026
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