Michael
5.6
Michael

Film de Antoine Fuqua (2026)

Le poids d'une icône


Rares sont les artistes qui, de leur vivant, ont déjà vécu leur existence comme un biopic permanent. Michael Jackson était de ceux-là : chaque étape de sa vie — du gamin de Gary, Indiana, aux salles de Wembley — s'est déroulée sous les projecteurs du monde entier. Confier la tâche de le mettre en scène à Antoine Fuqua avec le neveu du chanteur dans le rôle-titre relevait donc autant du défi artistique que de l'acte de foi. Le résultat est un film sincère, qui tient plus souvent ses promesses qu'il n'y échoue.


Une épopée familiale avant tout


Le film retrace l'histoire de Michael Jackson de son enfance au sein des Jackson Five, sous la houlette d'un père autoritaire et violent, jusqu'à la tournée mondiale triomphale de 1988. Ce parti pris chronologique — couvrir les vingt premières années de carrière sans s'aventurer dans la période trouble des années 1990 — est à la fois la force et la limite assumée du projet.

C'est le récit de l'éclosion d'un garçon surdoué, solitaire, rêveur, tétanisé par un père tyrannique et violent, qui se mue progressivement en jeune homme convaincu de son talent, déterminé à prendre son destin en main. Ce fil rouge — l'émancipation d'un fils face à un père ogre — donne au film une cohérence narrative réelle, et suffit à maintenir l'attention sur toute la durée.


Jaafar Jackson : la révélation du film


Il était la grande inconnue du projet, et il en est la grande réussite. Jaafar Jackson incarne son oncle avec une justesse troublante : il restitue la voix douce et feutrée derrière laquelle Michael projetait une innocence et une vulnérabilité enfantines, mais aussi la détermination farouche avec laquelle il construisait sa carrière.

Sa performance capture le regard, la voix, les mouvements électrostatiques — et ce mélange de fragilité et d'acier qui faisait de Michael ce qu'il était. Le fait que le film ait conservé les enregistrements vocaux originaux de Jackson, fondus avec ceux de Jaafar, ne diminue en rien l'exploit : c'est sur scène, dans les séquences de danse et de performance, que le jeune acteur impressionne véritablement. Il ne s'agit pas d'imitation — il s'agit d'incarnation.


Colman Domingo, monstre nécessaire


Face à lui, Colman Domingo livre une performance puissante en Joe Jackson, homme autoritaire et égocentrique, avec une touche de menace maniaque. Sous ses prothèses, il compose un patriarche dont la violence — physique, psychologique, systématique — explique autant l'ascension fulgurante de ses fils que les blessures que Michael portera toute sa vie. C'est le vrai moteur dramatique du film, et Domingo ne déçoit pas.


Une reconstitution soignée


La direction artistique se montre très convaincante : costumes et décors recréent avec précision les décennies 1960, 70 et 80, tandis que les tenues emblématiques de Michael Jackson sont reproduites avec un grand souci du détail. Les séquences musicales — le concert Motown 25, la naissance du clip de Thriller, le Pepsi Tour — sont spectaculaires et procurent des frissons authentiques, notamment pour les spectateurs qui ont grandi avec cette musique. Le rythme global se révèle solide : on ne s'ennuie pas durant les deux heures du film.


Les limites d'un biopic sous contrôle


Il faut être honnête : Michael n'est pas un film de prise de risque. Il déroule les plus grands succès de la carrière dans une logique de fan-service assumée, et réduit les démons intérieurs de Michael à un seul ennemi : Joe Jackson. Certains aspects fascinants de l'artiste — la genèse de ses chorégraphies, l'évolution de son rapport à sa propre image, sa dépendance aux médicaments après l'accident du plateau Pepsi — sont à peine effleurés. Une vingtaine de minutes supplémentaires n'aurait pas été de trop pour mieux développer ces zones d'ombre.

L'autre point qui ne peut être ignoré : le script a été réécrit pour supprimer toute mention des accusations d'agressions sexuelles sur mineurs, à la suite d'une clause découverte dans un accord juridique. Ce choix — que l'on comprend sur le plan légal — laisse inévitablement une impression de portrait incomplet. Le film lui-même semble en être conscient, se terminant sur un carton : "His story continues…", promesse d'une suite qui devra, tôt ou tard, affronter des questions plus épineuses.


Verdict


Michael est un biopic généreux et efficace, porté par deux performances d'acteur remarquables et une bande-son qui reste l'une des plus extraordinaires de l'histoire de la pop. Il ne cherche pas à bousculer le genre ni à trancher les ambiguïtés d'une figure aussi complexe — c'est là sa principale faiblesse, et l'on aurait tort de l'ignorer. Mais pour qui accepte ce pacte, le film offre deux heures de cinéma vivant, rythmé, et parfois réellement émouvant. Une célébration honnête dans ses intentions, même si elle reste sage dans son exécution.

Panou
8
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le 24 avr. 2026

Critique lue 9 fois

Panou

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