Mickey 17
6.3
Mickey 17

Film de Bong Joon-Ho (2025)

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A l’heure de l’ubérisation de la société, offrir sa vie à la technologie et au travail sonne comme la litanie claustrophobe et plaintive des victimes d’un capitalisme outrancier. Donner sa vie ? Qu’en est-il alors de donner sa mort ? Pour quelle finalité ? Mourir ad nauseam pour le grand Capital grâce à l’hyper-technologisation, ayant comme véritable vecteur : le devenir objet de l’humain. Ainsi, des entreprises vous considérant d’amblé comme instantanément remplaçable ou consommable, peuvent alors se libérer d’éthique. Glissement mortifère, plaçant de fait, de manière intéressante, la tendance du Capital à considérer les individus non pas pour ce qu'ils sont, mais uniquement pour les services qu'ils peuvent rendre. Espace nébuleux où l'humanité est négligée au profit de l'efficacité robotique et où les corps deviennent de fait : sacrifiables. Questionnement intéressant et stimulant à la base : c’est sur ce postulat de départ que Bong Joon-Ho va faire son terreau.

La base : Robert Pattinson incarne dans ce film, Mickey, personnage simplet et candide, qui embarque à bord d’un vaisseau spatial colonisateur afin d’amener la civilisation sur une planète peuplée de vers géants, aux confins de la galaxie. Sous la houlette d’un sénateur clownesque imbu de sa personne (incarné par Mark Ruffalo), il donne son corps à l’expérimentation de clonage pour devenir un « Expendables ». Véritable animal de laboratoire, il pourra ainsi servir d’expérience vivante ad vitam æternam à l’équipe scientifique du vaisseau. Les missions sacrificielles le feront renaitre dans une autre version de lui-même par une technique d’impression de clonage. Alternant alors, les vies et les morts, Mickey finira par « erreur » par cohabiter avec une autre version de lui-même : la version 18.

Le thème du double est alors amorcé assez rapidement par le film. Or celui-ci ne laissera la place à aucune ambiguïté, elle-même pourtant substantielle à son sujet. Le métrage oblitère la profondeur pour n’esquisser qu’une surface lisse et plane. Toutes les zones d’ombres sont balayées par la voix off et tout est illustré par des flashbacks omniprésents. On pourrait alors croire que c’est l’univers du film plus que son propos qui a intéressé le réalisateur coréen mais le métrage est d’une bêtise politique et d’une pauvreté visuelle étonnante. Le film multiplie tellement les pistes et les thématiques sans jamais s’intéresser à aucune qu’il donne l’impression de vouloir se mouiller tout en restant sec.


ANARCHO-MARXISTE OU ARNAQUE AU MARXISME ?


Il y a dans le film des indices et des signes de heurts sociaux profonds mais jamais réellement leurs incarnations pures. Le personnage incarné par Robert Pattison est le seul et l’unique « remplaçable ». Il est l’exception de l’équipage du vaisseau et en devient par ce biais, pour certains, fascinant dans sa cohabitation constante avec le travail ingrat et la mort. Les questions éthiques ne sont jamais réellement traitées (ou balayés d’un revers de main par un flashback avec voix off surplombante) et les discriminations ne sont tout simplement même pas abordées. Bong Joon-Ho atteint avec ce film un moment désespérant pour sa carrière. La lutte des classes, un de ses thèmes filmiques de prédilections, n’est plus qu’un signe ou un symbole sans avoir réellement d’ossature et d’ancrage. Il y a désormais primauté de la manière sur la matière. BJH ne prévoit ni dans sa mise en scène ni scénaristiquement à enrichir sa thématique. Au contraire, il la dessert par ses égarements et c’est l’univers qui semble alors primer. On récupère d’abord la botte de foin et on cherche les aiguilles ensuite…

Pourtant et malgré ses défauts évidents, c’est cette première partie du film qui m’a sûrement le plus intéressé. Mickey y est dépeint comme un animal de laboratoire. Il incarne une viande à la fois consommable et sacrifiable. Par antispécisme, Bong Joon-Ho transpose les manipulations scientifiques, contemporainement effectué sur des animaux, sur le personnage joué par Robert Pattinson. Le réalisateur efface alors une quelconque différence de nature entre l’homme et l’animal pour chatouiller notre époque spéciste.

Par ailleurs, par ce traitement, on peut même considérer qu’à l’heure où les IA apportent leurs lots de duplications et créations artificielles, Robert Pattinson, acteur, est placé face à ses potentielles duplications. Le comédien devenant un matériel brut que les films n’auront plus qu’à déformer et façonner. Seulement, le film, à l’image de son personnage principal, joue double et scénaristiquement cela finit par se faire sentir…


DOUBLE JE


Dans le film, le thème du double, n’est tellement pas exploité que si l’on retire la duplication des personnages Mickey 17 et 18 et leur coexistence, le métrage reste le même.

Pire ! Il confond ses thématiques au point de contredire son postulat de départ : Mickey n’est aucunement ressuscité, il est cloné. N’étant pas la même personne à chacune de ces versions, chaque mort entérine un individu. Paradoxalement, le film ne traite aucunement l’angoisse de la mort de chacune de ces versions déclinées. La mémoire de chacun étant sauvegardée puis réimplantée, le film espère s’affranchir de ce vertige mais le contredit de facto. Sûrement que cette thématique n’intéressait guère Bong Joon-Ho et cela expliquerait l’enchainement prosaïque et expéditif de chacun des trépas de Mickey. Est-ce que cet élément de scénario fait flores ? Le nombre multi décimal de morts du personnage pourrait consister en un enchainement carnavalesque. Après tout, le film arbore sa légèreté comme s’il souhaitait se servir du cartoon comme d’un marchepied pour accoucher d’un humour corrosif. Il n’en est rien. Le métrage n’est ni cartoonesque ni corrosif. Il n’est pas très drôle par ailleurs. Une seule scène échappe aux arguties et pédanterie de l’ensemble : la scène de plan à trois.

Celle-ci est amorcé par le personnage incarné par Naomie Ackie, qui non contente de pouvoir profiter de versions alternatives de son bien aimé (à chaque mort de ce dernier), va profiter de l’erreur de duplication du personnage pour en dédoubler aussi le plaisir si j’ose la lapalissade ! Le malaise commence à s’installer. Les deux Mickey cohabitent difficilement entre désir et répulsion tandis que Nasha (Naomie Ackie) jubile et commence à s’égayer de la situation jouissive qu’elle met en place. Le film s’amuse enfin d’un des nombreux concepts qu’il veut brasser. Cependant, le sourire esquissé sera vite ravalé par un tour de passe-passe scénaristique. L’irruption abrupt d’un personnage secondaire (Anamaria Vartolomei) dans la pièce, va interrompre rapidement la scène sans avoir pris le temps de faire durer le malaise. Cachez ce sein que je ne saurai voir !


DU MELI MELO A L’HOMELIE


Le film jongle donc avec des concepts qu’il n’approfondi jamais pour se donner une illusion de profondeur. Utiliser la science-fiction et la farce pour supposément ne pas avoir d’attache et ainsi viser une certaine intemporalité peut-être un point de départ, il ne peut pas être une finalité. Les thématiques brassés par le film sont sûrement impérissables mais le traitement, lui, est terriblement daté. Nous ne pouvons plus compter sur la satire pour rire des puissants car cette arme fatidique est désormais la leur. Le film ne tord nullement le réel pour forcer le rire : il l’oblitère presque. Comment être affecté par le jeu de Mark Ruffalo (incarnant le grand manitou de la colonie), en roue libre et bouffonnant, à l’heure où les bouffons sont rois ? Les mimiques de ce pseudo dictateur en couche culotte ne rend le discours du film que d’autant plus puéril et infantilisant. La fiction est terriblement dépassée par la réalité : ironique pour un film d’anticipation... Trump, Musk ou les deux ? Peu importe, le pachydermisme du film l’amène à singer les locutions des concernés et nous ressorts même de jolies casquettes rouges sur la tête des figurants (militants du grand chef) au cas où le spectateur n’aurait pas compris le parallèle. Le réalisateur n’a jamais fait de la subtilité son cheval de bataille mais ici on atteint le plafond de verre.

Tout dans le film est disposition mais il n’y a aucun dispositif mis à l’œuvre.

Constat : le film tourne à vide. Bon gré mal gré, chaque prétendue couche de peau thématique qu’il semblait arborer s’amoncelle et se délite. Mickey 17 est une peau de chagrin.

Le réalisateur coréen a troqué le révolté pour le révolu. Espérons alors, que la mort artistique de Bong Joon-Ho ne se renouvellera guère ad nauseam. Renaîtra-t-il dans une meilleure version de lui-même ?

Sipo-Matador
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le 16 mars 2025

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